NORD - PAS DE CALAIS
Interview du Président du Conseil régional du Nord - Pas de Calais
Daniel Percheron
"Passer
de la politique de guichet à la politique de projet"
  RuP

R.M. : L’actualité, c’est que Lille, capitale régionale du Nord-Pas-de-Calais, se trouve désormais à quatre heures et demie de Marseille par le train. Mais vous poursuivez aussi un effort intéressant sur les TER, puisque vous faites circuler des rames TGV sur le réseau régional… Ce n’est pas banal !

Daniel PERCHERON : Je crois que le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais peut être fier d’être le seul en France, et au monde, à faire rouler des rames TGV sur des lignes à grande vitesse pour le service du TER depuis le mois de mai 2000. Nous avons ainsi rapproché le Littoral de la Côte d’Opale, Calais, Boulogne, Dunkerque, de la métropole lilloise ! Le gain de temps et de confort par le TER GV est considérable pour nos concitoyens. Nous avions convenu, avec la SNCF, d’une année d’expérimentation. Les résultats furent convaincants et le TER GV se développe depuis le 10 juin : des trains supplémentaires sont mis en service, les horaires sont améliorés et nous travaillons à d’autres développements comme faire circuler des TER GV entre Arras et Lille. Il n’est pas inutile de rappeler que la circulation des TER GV est aujourd’hui possible parce que dans les années 80, les élus régionaux, Pierre Mauroy en tête, se sont battus pour que le TGV s’arrête à Lille, ce qui n’était par prévu au départ par la SNCF ! Et que la Région a apporté sa part à la réalisation des voies nouvelles nécessaires à la desserte de Lille-Europe. Les faits nous donnent raison : on sait désormais ce que l’économie et le rayonnement de la métropole et du Nord-Pas-de-Calais doivent au TGV. Et nous ne pouvons que nous réjouir de voir s’accélérer encore les relations et les échanges entre le Sud et le Nord de la France.

R.M. : L’activité TER sera confiée aux Régions à partir du 1er janvier 2002. Comment le Nord-Pas-de-Calais a-t-il préparé cette échéance ?

D.P. : Le Nord-Pas-de-Calais a toujours tenu un rôle pilote dans ce domaine : depuis 1978, nous travaillons au développement du transport ferroviaire, à la fois sur les infrastructures et sur le matériel. Les raisons de ce choix sont multiples. Il y a d’abord le service rendu aux quatre millions d’habitants de la Région. Parce que nous avons subi toutes les crises de l’industrie et que la reconversion s’achève à peine, les femmes et les hommes d’ici ont été amenés à se déplacer de plus en plus pour travailler. Ils doivent pouvoir le faire dans les meilleures conditions possibles. Nous avons longuement négocié, et nous négocions toujours, avec la SNCF pour améliorer sans cesse les dessertes en instaurant un cadencement des rames, pour accélérer le renouvellement des matériels roulants, pour faire correspondre au mieux les horaires aux besoins, pour établir, en liaison avec les autres autorités organisatrices de transports, les meilleures correspondances possibles avec les bus. Bref, pour faciliter la vie des 80.000 voyageurs qui, chaque jour, utilisent le TER. L’autre raison majeure de pousser les feux sur le transport ferroviaire se trouve dans la nécessité aujourd’hui partagée d’assurer le développement durable du Nord-Pas-de-Calais : le train participe largement de cette volonté et c’est pour cela que le Contrat de Plan Etat-Région consacre pour la première fois une place plus importante au ferroviaire qu’à la route.

 

 

R.M. : La Région Nord-Pas-de-Calais, appelée comme d’autres, à étendre ses champs d’action, a abordé des domaines de compétences qui dépassent les habituelles limites. Pouvez-vous nous en donner quelques exemples ?

Ils sont nombreux, parce que les élus locaux et départementaux ont très vite compris que la Région, qui dispose d’une compétence légale d’aménagement du territoire, apparaissait comme l’échelle pertinente et cohérente pour " traiter " un certain nombre de dossiers. Le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais a non seulement traité de l’action économique et de l’emploi, ce que toutes les régions de France ont entrepris, il s’est investi dans les domaines qui touchent de près la vie de ses concitoyens dont il faut rappeler qu'ils disposent d’un des revenus les plus faibles de France et qui connaissent, malgré une reprise forte depuis 1997, un taux de chômage encore supérieur de 4 points à la moyenne nationale. C’est une réalité que les collectivités territoriales qui lèvent l’impôt prennent en compte. Nous sommes l’une des rares Régions de France, sinon la seule, à nous préoccuper de santé. Là encore, les raisons sont évidentes : ce sont les retards dont souffre le Nord-Pas-de-Calais, tant pour le nombre de médecins, de spécialistes en particulier, que d’équipements. Un chiffre traduit l’ampleur de ces retards : l’espérance de vie est inférieure de quatre ans à la moyenne nationale. Alors nous initions une politique de prévention de grande ampleur, face aux comportements à risques que sont l’alcool, le tabac, les drogues… Et nous travaillons à l’élaboration d’une carte sanitaire efficace en partenariat étroit avec tous les acteurs de la Santé. Autre exemple, la culture. Nous sommes la Région de France qui investit le plus dans les actions culturelles. Là encore, il s’agit d’un vrai partenariat : nous ne sommes pas prophètes en matière d’animation culturelle mais nous accompagnons ceux qui font parce qu’il nous paraît important, essentiel même, de proposer aux habitants du Nord-Pas-de-Calais toutes les possibilités de sortir et de grandir… Nous avons aidé de grandes structures comme l’Aéronef, Le Fresnoy, ou le Forum des Sciences à Villeneuve d’Ascq, parce qu’elles agissent comme des têtes de pont et essaiment dans tous nos territoires. Et parce que nous n’oublions jamais d’où nous venons, je citerai le soutien particulier au Centre Historique Minier de Lewarde, près de Douai : c’est Germinal mais c’est aussi la fierté de toute une Région qui a forgé là ses valeurs : le courage, la persévérance, le sens du travail bien fait, la solidarité surtout. Mais la Culture, c’est aussi un moyen de se faire connaître : nous soutenons par exemple le cinéma et des films comme “La vie rêvée des anges” ou “L’Humanité” qui ont été primés à Cannes en 1998 et 1999. Nous fournissons aussi un appui logistique à sept troupes régionales de théâtre qui se produiront en juillet prochain au Festival d’Avignon.

 

R.M. : La politique de la Ville constitue un dossier considérable. Quelles sont vos orientations dans ce domaine ?

D.P. : La politique de la ville, d’aucuns, et je les rejoindrai volontiers, disent " politique pour la ville ", se développe elle aussi dans un esprit de partenariat. Nous travaillons avec l’Etat bien sûr, et Claude BARTOLONE, le Ministre de la Ville, est venu rappeler tout récemment à Lille combien cette collaboration était fructueuse ici. Nous travaillons avec les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais et surtout avec les acteurs du terrain, c’est-à-dire les collectivités territoriales. Je rappellerai brièvement que nous mettons en œuvre six Grands Projets de Ville GPV), fortement soutenus par l’Etat, et deux Opérations de Rénovation Urbaine (ORU) qui viennent s’ajouter à la forte implication du Conseil Régional dans les actions conduites par les collectivités à travers le Contrat de Plan. J’ajouterai que la Politique de la Ville a longtemps privilégié des actions de quartier. C’était l’objet même des premières mesures des fameux DSQ (Développement Social des Quartiers), très ciblées. L’approche régionale est aujourd’hui plus globalisée : nous apportons notre aide à l’échelle de l’agglomération, qui doit rechercher l’équilibre dans son développement, une tâche qui revient aux acteurs du terrain. C’est notre manière à nous d’appliquer le principe de subsidiarité.

R.M. : Votre programme de rénovation des lycées s’attache à ce qu’on appelle aujourd’hui la "haute qualité environnementale". Qu’est-ce que cela signifie concrètement, pour des établissements scolaires ?

D.P. : La démarche HQE, haute qualité environnementale, s’inscrit dans la volonté de promouvoir le développement durable. Un constat rapide : nous dépensons chaque année 100 millions de francs pour fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement des 200 lycées du Nord-Pas-de-Calais. C’est l’équivalent d’un lycée de 1500 élèves neuf tous les deux ans. L’objectif global HQE est donc d’économiser les ressources, réduire la pollution de l’air de l’eau et des sols, mais aussi un souci de confort et de qualité de vie pour les utilisateurs du lycée. Ce qui se traduit concrètement par la valorisation de ressources renouvelables grâce à l’utilisation, par exemples de panneaux solaires, d’éoliennes, de systèmes de récupération d’eaux de pluie… Si les investissements de départ, fixés dans un cahier des charges rigoureux, peuvent être plus élevés, les coûts d'exploitation et de maintenance sont, eux, réduits de 20 à 30 %. Les lycées de Calais, de Caudry et de Somain ont été construits selon ces principes, suivront ceux de Hautmont et de Condé sur l’Escaut. Le Conseil Régional a par ailleurs décidé

6 – Cette politique d’aménagement du territoire dégage une autre originalité : pour le contrat de plan, vous avez travaillé avec le gouvernement et l’Etat certes, mais également avec les départements. Pourquoi ?

Pour être au plus près des préoccupations quotidiennes des picards, j’ai proposé aux départements de s’associer avec la Région sur plusieurs dossiers afin de pallier certaines des défaillances de l’Etat, en programmant avec nos partenaires locaux des crédits complémentaires, notamment en matière d’infrastructures de transport. Je rappelle en effet, et pour terminer sur ce volet, que le Contrat de plan concerne principalement des compétences propres de l’Etat. C’est pourquoi, il est regrettable que d’appliquer la démarche HQE à l’ensemble des rénovations et constructions dont il a la responsabilité, à commencer par le futur Hôtel de Région dont les travaux doivent démarrer cette année.