PICARDIE
Interview du Président du Conseil régional de Picardie
Charles Baur
"Mon engagement politique reste intact"   RuP
1 – Par son action économique autant que son fonctionnement interne, la Picardie semble bien orientée vers la haute technologie. Pouvez-vous nous parler de vos efforts en matière de techniques d’information et de communication, et de ce que vous en attendez ?

Nous le voyons tous les jours, l’impact des nouvelles technologies ne cesse de progresser dans tous les espaces de notre vie quotidienne. La rapidité des communications amplifie nos échanges et transforme notre société. Chacun peut désormais dialoguer à travers le monde, s’instruire et se cultiver grâce à l’Internet. Les réseaux redessinent la carte de l’aménagement du territoire et engendrent de nouvelles perspectives au niveau de la participation des citoyens à la vie locale. En matière économique, les nouvelles technologies permettent de nouvelles créations de richesses et d’emplois, jusque dans les secteurs les plus ruraux de notre région. Mais la bataille de l’intelligence commence dès l’école. Depuis 1995, le Conseil régional mène dans les lycées une politique volontariste en matière de technologies de l’information et de la communication.

2 – Pour répondre à quelles ambitions ?

Notre programme “ Educapôle-réseau pédagogique ” répond à une double ambition, d’une part, nous voulons aider les lycéens à maîtriser les nouveaux outils de communication, qui seront indispensables à leur insertion professionnelle ; d’autre part, nous souhaitons exploiter les richesses du multimédia comme outil pédagogique. Tous les lycées de Picardie, publics, privés et agricoles sont concernés par cette opération. Mais bien entendu, l’ordinateur ne peut en aucune manière se substituer à l’enseignant. Il peut en devenir l’auxiliaire précieux. Si ce savoir nouveau n’est pas donné à l’école, le fossé se creusera entre les jeunes dont les parents peuvent acheter un ordinateur et ceux qui n’ont pas cette chance. Pour relever ce défi, trois types d’actions sont menés conjointement par le Conseil régional : l’équipement informatique des lycées, l’accès aux réseaux d’information et le développement de contenus pédagogiques adaptés. A la fin de l’année 2000, nous avions installé dans nos 130 établissements plus de 7 000 ordinateurs reliés à l’Internet.
 
3 – Vous avez, semble-t-il, suivi l’évolution d’Internet.

Au-delà de sa dimension économique et sociale, l’émergence de la société de l’information représente un défi politique et constitue, à ce titre, une préoccupation essentielle du Conseil régional. Afin de faire de la Picardie une région à la pointe de la société de l’information, le Conseil régional a décidé de mettre en place un ambitieux programme d’actions, qui pour la seule année 2001 représentera plus de 80 MF. Par exemple, nous souhaitons au travers de notre politique “ Picardie en ligne ” que tous les habitants aient accès aux TIC, quels que soient leur âge, leur profession ou leur niveau scolaire. Nous voulons, d’autre part, assurer une diffusion des TIC sur tout le territoire, afin de ne pas privilégier uniquement les grandes agglomérations. Pour cela, et dans un souci de cohérence avec la politique régionale de développement local, le Conseil régional travaille en partenariat avec les 41 structures intercommunales qui maillent la Picardie. Pour l’heure, 22 territoires sont équipés et 11 en projet. Au total, 17 000 personnes ont fréquenté nos différents sites. C’est encourageant.

4 – Pour autant, la Région ne possède pas en propre ses équipements. Elle loue les éléments de ses réseaux. Pourquoi ?

A cause ou grâce aux évolutions technologiques. Parce que notre réseau doit à tout moment pouvoir s’adapter à la demande des utilisateurs. Donc en fonction des besoins, nous ajustons l’offre réseau. Ce Réseau régional de télécommunication que nous avons créé en 1997, joue un rôle fédérateur en Picardie. Au total 260 sites y sont connectés, parmi lesquels les lycées bien entendu, mais également les universités, les IUFM, les écoles d’ingénieurs, les CIO, les maisons familiales et rurales ou encore les sites “ Picardie en ligne. ” Ce réseau permet un maillage très fin de la Picardie. Il offre un accès performant et sécurisé à l’Internet qu’aucun autre fournisseur ne peut apporter à un coût si peu élevé pour autant d’utilisateurs. Aujourd’hui, l’accès au haut débit modifie profondément la structure et la topologie des réseaux. L’Agence de Régulation des Télécoms a ouvert la concurrence pour favoriser l’accès à ces technologies en permettant la mise en place de la boucle locale radio et de l’ADSL en complément des fibres optiques. Nous y travaillons de manière collégiale avec les départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme, les structures intercommunales et les consulaires.
 
5 – Ce travail original à la Picardie, financé par la Région, est pour ce qui concerne “ Picardie en ligne ” porté par les territoires, autre spécificité picarde. On dit qu’avec ces structures, vous avez été les précurseurs de la nouvelle politique des pays, voire des contrats d’agglomération. Est-ce exact ?

Le Conseil régional a en effet entamé dès 1987 une démarche innovante pour assurer un développement équilibré de la Picardie. Sous notre impulsion, tous les acteurs locaux - élus, professionnels, habitants - ont été mobilisés afin que chaque structure intercommunale élabore son propre projet de territoire. Ainsi, en fédérant les différentes collectivités territoriales autour de projets communs et en canalisant les énergies, le Conseil régional de Picardie a développé une politique unique en son genre, reconnue il est vrai au niveau national pour son caractère novateur. Mon ambition depuis près de 15 ans c’est de responsabiliser les acteurs locaux par une décentralisation accrue au niveau des 41 territoires de Picardie. Pour y parvenir, dès lors que les structures se sont formées, nous avons mis en place un certain nombre d’outils. Vous avez cité les Contrats d’agglomérations, il y a aussi le Fonds régional de développement local, et bien entendu toutes les politiques inscrites dans notre budget. Mis à part les départements et l’Etat, les structures intercommunales sont devenues nos interlocuteurs privilégiés.

6 – Cette politique d’aménagement du territoire dégage une autre originalité : pour le contrat de plan, vous avez travaillé avec le gouvernement et l’Etat certes, mais également avec les départements. Pourquoi ?

Pour être au plus près des préoccupations quotidiennes des picards, j’ai proposé aux départements de s’associer avec la Région sur plusieurs dossiers afin de pallier certaines des défaillances de l’Etat, en programmant avec nos partenaires locaux des crédits complémentaires, notamment en matière d’infrastructures de transport. Je rappelle en effet, et pour terminer sur ce volet, que le Contrat de plan concerne principalement des compétences propres de l’Etat. C’est pourquoi, il est regrettable que