Régions Magazine - Quel bilan pouvez-vous faire aujourd'hui de la construction
européenne et du " fait régional " dans cette
construction ?
Claudio Martini - Je
dirai que la construction de l'Europe fait aujourd'hui du "
surplace ". Le vote négatif des référendums
en France et aux Pays-Bas a représenté un frein, un
moment de réflexion et la recherche d'une issue. S'il n'y avait
pas eu ces votes, je pourrais dire qu'après la Convention, il y
a eu des avancées importantes. Des questions comme celles de
l'immigration, de l'énergie ou bien la question du Liban ont
fait l'objet d'une recherche par les états membres d'une politique commune. On est encore
très loin de la perfection, mais il y a des progrès. Et
l'euro commence à démontrer qu'elle est une monnaie
stable et commence à se faire respecter dans le monde.
Mais, sans une réforme institutionnelle,
sans une Constitution donnant des règles plus efficaces et plus
modernes, on risque que tout cela ne soit finalement qu'un feu de
paille. Une Europe à 27 ou plus, qui continuerait à
fonctionner avec les règles établies quand on
était 12 ou 15, cela ne peut pas fonctionner et, tôt ou
tard, cela va poser des gros problèmes.
Le bilan de la construction européenne est
donc à fortes nuances. Je dirai qu'il y a des choses positives,
des volontés nouvelles, une ouverture au monde…, mais il
faudra trouver une issue à l'impasse institutionnelle. C'est ce
qui sera proposé par la présidence allemande.
Concernant le fait régional, je dois dire
que l'on est sorti de la Convention avec quelques avancées. J'ai
été l'un des six présidents de Région
à en faire partie. Au début, le mot
"
région " n'existait même pas. Après presque
deux ans de batailles et d'initiatives, nous avons obtenu plusieurs
choses : la reconnaissance du Comité des
Régions comme institution européenne participant aux
décisions, le droit de recours au Tribunal de Justice sur les
questions de proximité, etc. On commence alors à parler
d'une reconnaissance des Régions et des collectivités
territoriales. Dans les programmes concrets de l'Union, l'instrument de
l'accord tripartite entre la Communauté, l'état membre et la
Région commence à fonctionner.
Le baromètre de cette question est
donné par la réflexion sur la stratégie de
Lisbonne où tout le monde a compris qu'elle n'avait pas de
consistance car elle était seulement une stratégie entre
gouvernements. S'il n'y a pas d'engagement des territoires, des
Régions et des pouvoirs locaux, cela ne peut pas marcher.
J'arrive de la Conférence de Marseille
… J'ai été très étonné de la
force avec laquelle l'ONU, la Commission, des gouvernements importants
comme la France, l'Espace et d'autre pays comme l'Algérie , le
Maroc, etc. parlent des Régions. Cela signifie que quelque chose
est en train de se passer et j'espère que l'on va
concrétiser tout cela dans une dimension constitutionnelle.
R.M. - Comment mieux
préparer nos territoires à faire face aux défis de
la mondialisation, sans accroître pour autant la concurrence
entre régions ?
C. M. - Je
crois beaucoup à une amélioration très forte de la
capacité des Régions à lancer des projets
importants et de qualité. Il faut être reconnu, mais en
même temps, il faut se réformer pour donner une dimension
et une qualité supérieure à nos activités
parce que, quelque fois, les projets régionaux sont des
microprojets qui interviennent dans une dimension très
particulière.
Je crois que la compétitivité des
pays sera
mesurée d'après le dynamisme de
leurs Régions. Pour ce qui concerne la France, je crois qu'elle
a décidé de sortir du centralisme jacobin qui la
caractérisait depuis si longtemps. Elle a compris que sa
compétitivité dans le monde, pour une partie au moins,
dépendait de la liberté d'initiative des Régions.
Une politique de cohésion territoriale
doit être bien entendu présente. Mais il y a un paradoxe : les
pays qui soulèvent le risque d'une concurrence accrue entre les
régions, sont cependant ceux qui prônent la diminution des
montants affectés à cette cohésion dans le Conseil
européen… Il faut se méfier des grands
défenseurs de l'uniformité.
R.M. - Quels sont
les prochains grands chantiers de la CRPM ?
C. M. - A la
CRPM, nous visons surtout à donner des priorités; par
exemple, concernant les infrastructures, la société de la
connaissance, la formation, l'environnement et l'énergie…
Je pense que c'est la meilleure formule pour donner aux Régions
les mêmes chances. La connexion entre les régions est
aussi très importante pour la cohésion territoriale et
nous encourageons les projets interrégionaux.
La Conférence de Marseille est exactement
la démonstration que les Régions peuvent travailler
ensemble. 11 réseaux internationaux de Régions se sont
retrouvés à Marseille. Ils ont signé une
déclaration plutôt importante de leur volonté de
travailler ensemble. Ce réseau de réseaux deviendra
l'interlocuteur unique de l'ONU et de ses agences pour parler avec les
Régions. Cela va simplifier les choses, non seulement pour
l'ONU, mais également pour nous. Ainsi, au lieu de nous
disperser dans des petits projets, nous allons essayer de faire un
travail beaucoup plus consistant.






" Première convention internationale
pour une approche territoriale du développement ",
Marseille les 5 et 6 mars 2007.
Claudio Martini s'est vu confier la
présidence du réseau issu de la Conférence de
Marseille.
De gauche à droite : Jérôme
Pasquier, Directeur général adjoint, Direction
générale de la Coopération internationale et
Développement, ministère français des Affaires
Etrangères, Danuta Hübner, Commissaire européenne en
charge de la politique régionale de l'Union européenne,
Michel Vauzelle, Président de la Région
Provence-Alpes-Côte d'Azur et Bruce Jenks, Sous-secrétaire
général des Nations-Unies, Administrateur assistant du
PNUD