

Régions Magazine - A l'occasion de ce 50e anniversaire, quel bilan faites-vous
de la politique régionale de l'Union européenne ? Quel
est le fait qui vous a le plus marqué ?
Danuta Hübner - La
politique régionale européenne a parcouru un long chemin
depuis la création, il y a aujourd'hui plus de trente ans, du
Fond Européen de Développement Régional (FEDER). A
l'origine, ce fond avait comme but de mettre à disposition des
moyens financiers pour des projets conçus et mis en œuvre
au niveau national. Un changement majeur est survenu la veille de
l'Acte unique européen de 1985 qui établit la base du
marché unique. L'idée s'était forgée que,
non seulement tous les Pays Membres, mais également toutes leurs
régions respectives devaient pouvoir recueillir les fruits de
l'intégration européenne et que des efforts particuliers
devaient être entrepris afin de renforcer la
compétitivité des régions en retard de
développement.
Les résultats sont remarquables : les
disparités de revenu et d'emploi se sont rétrécies
dans l'Union européenne au cours des dix dernières
années et surtout depuis le milieu des années 90. Cela a
été le cas aussi bien pour les disparités entre
régions qu'entre pays. évidemment, les disparités au sein de l'Union
européenne ont à nouveau augmenté
considérablement suite au récent élargissement
à 27 états Membres. Cet évènement historique constitue
sans aucun doute le fait qui m'a le plus marquée, et ceci pour
deux raisons. D'une part, cet élargissement a constitué
un pas énorme dans la construction d'une Europe unie et forte,
porteuse de paix, stabilité et prospérité. D'autre
part, il constitue un défi sans précédent pour la
politique européenne de cohésion comme en
témoignent les chiffres suivants :
le nouvel objectif "convergence" pour
2007-2013, -c'est-à-dire pour les régions dans lesquelles
le PIB par habitant est
inférieur à 75 % de la moyenne de
l'UE en 2000-2002-, s'applique à 100 régions sur 268.
Celles-ci se caractérisent par de faibles niveaux de PIB et
d'emploi, ainsi que par un chômage élevé. Leur part
globale dans le PIB de l'UE-27 en 2002 n'est que de
12,5 %, alors
qu'elles représentent 35 % de la population. Bien que la
croissance moyenne actuelle de ces régions soit
supérieure à la moyenne communautaire, le taux est, en
général, insuffisant pour atteindre le PIB moyen par
habitant de l'UE dans un proche avenir. Une politique de
cohésion active reste donc plus que jamais d'actualité
dans les années à venir.
région à une autre. Toutes les
régions peuvent être gagnantes.
Dans l'ère de la globalisation, les
régions européennes ont un rôle clé à
jouer. La politique régionale a mis en évidence que les
acteurs régionaux et même locaux constituent nos meilleurs
atouts dans la stratégie de renforcement de la
compétitivité. L'innovation, un des engins de la
compétitivité, trouve sa source dans la qualité
des interactions entre les entreprises, les établissements
d'éducation et de recherche, les organismes financiers, les
pouvoirs régionaux et locaux jouant souvent un rôle de
catalyseur. Si les relations sont importantes pour le
développement fondé sur l'innovation, la politique
régionale doit absolument développer davantage l'approche
fondée sur la mise en réseau et la coopération
entre les régions.
Début mars, j'ai inauguré à
Bruxelles une conférence intitulée "Renforcer la
compétitivité par des technologies et produits innovants
et par des communautés prospères ". Il s'agit de la
première édition des conférences annuelles dans le
cadre de l'initiative " Les régions, actrices du changement
économique ". C'est une initiative qui vise à
encourager l'innovation en regroupant les régions
européennes en de solides partenariats





Pampelune, le 24 novembre 2006 lors de la
Conférence annuelle de l'Association des Régions
frontalières d'Europe
© Maud Vuillardot/Régions Magazine
Parmi les principales leçons au fil des
nombreuses années de mise en œuvre de la politique
régionale, c'est qu'elle doit être
considérée dans une plus large définition de
politique économique de développement, et qu'elle doit
impliquer les partenaires locaux dans la programmation et la gestion.
Ce sont ceux-là les éléments de réforme que
nous avons introduits dans la politique ces dernières
années et que j'entends davantage développer les
années à venir.
R.M. - La
compétitivité est au cœur de la stratégie de
Lisbonne et les régions européennes sont aujourd'hui de
plus en plus mises en concurrence. Comment dès lors concilier
compétitivité et cohésion territoriale pour une
meilleure intégration européenne ?
D.H. - Une
compétitivité renforcée et une plus grande
cohésion territoriale ne sont pas des objectifs contradictoires,
sinon complémentaires. Le développement régional
et territorial doit aller de pair avec une politique de
compétitivité. Ce serait une erreur de délier
emploi, croissance économique et développement
régional. La compétitivité requiert en effet une
mise à niveau et un développement économique de
toutes les régions. De plus, la compétitivité
n'est pas un jeu à somme nulle reposant sur le transfert d'une
quantité limitée de ressources d'une