Régions Magazine - La jeunesse de la population guyanaise et un taux de
chômage élevé font que vous êtes
particulièrement mobilisées en matière de
formation professionnelle. Grâce aux lois de
décentralisation, vous élaborez aujourd'hui un Plan
Régional de Développement des Formations Professionnels,
pour quels objectifs ?
Antoine Karam - L'une
des caractéristiques importantes de la Guyane est la jeunesse de
ses classes d'âge, avec les moins de 25 ans qui
représentent plus de 50% de la population et un taux de
croissance élevé de 3,6% par an. Notre région est
sans doute la seule en France qui n'ait pas achevé sa transition
démographique. Du fait de sa croissance démographique
exponentielle et de la fragilité de son économie, les
emplois continuent également à augmenter dans notre pays
beaucoup moins vite que la population active. Il en ressort un taux de
chômage de 29,1%, trois fois plus élevé qu'au
niveau national. Ce chômage touche particulièrement les
jeunes et il augmente avec la baisse de leur niveau de
qualification. Ainsi, selon l'INSEE, en 2006, parmi les moins de 30
ans, 43% des jeunes étaient au chômage. Pour les jeunes
sans diplôme, le taux de chômage atteignait 62% alors que
pour ceux sortant de l'enseignement supérieur, il était
limité à 8%.
Pour saisir l'ampleur du phénomène,
il convient de rappeler que 50% de la population de moins de 30 ans n'a
aucune qualification. Le chômage qui les touche, est structurel.
Il s'agit d'un chômage qui dure dans le temps, avec une
période d'ancienneté de près de 4 ans et qui
nécessite la meilleure articulation possible entre le
marché de la formation professionnelle et celui de l'emploi ;
objectif principal assigné au PRDF. Concrètement, il
s'agit d'élever le niveau de compétences et de
qualifications des Guyanais en dépassant les logiques propres de
chaque acteur pour concevoir notre système de formations comme
un ensemble cohérent au niveau régional. Notre
économie demeurant également peu
spécialisée, la finalité du PRDF est aussi de
soutenir le développement des Ressources Humaines à
l'échelle de tout notre territoire de telle sorte que celles-ci
servent à valoriser le potentiel d'activités
économiques autonome de la Guyane, avec, à la clef, la
possibilité de générer de nouveaux emplois dans
des secteurs innovants et de réduire à terme notre
dépendance vis-à-vis de l'extérieur.
R.M. - Comment se
déroule l'élaboration de ce PRDF et quelles seront les
grandes lignes de votre plan d'action ?
A.K. - Cette
élaboration qui est achevée, s'est faite en fonction des
objectifs recherchés. La démarche a été
lancée par le Comité Consultatif Régional sur
l'Emploi et la Formation Professionnelle du 21 décembre 2006. En
ma qualité d'exécutif régional, j'ai
souhaité que les travaux d'élaboration du PRDF soient
partagés avec un maximum d'acteurs locaux issus tant des
secteurs privés que publics de la formation, de
l'économie, de l'emploi, du social. Organisée de janvier
à avril 2007, cette large concertation a débouché
sur la mise en place à Cayenne d'ateliers
thématiques qui ont au total réuni plus de 140
participants et permis de dégager un certain nombre d'enjeux. A
côté des ateliers thématiques, et pour tenir
pleinement compte des particularités du territoires guyanais ;
vaste, enclavé et disparate, il a été
organisé des rencontres territoriales (Saint-Laurent du Maroni,
Maripasoula, Matoury, Saint-Georges de l'Oyapock, Sinnamary)
dédiées aux spécificités
locales et aux besoins socio-économiques
des diverses parties de notre pays. Ces rencontres ont permis à
leur tour de prendre en compte les particularités de chaque
partie de notre territoire et leurs effets induits. Les consultations
achevées, le CCREFP du 12 avril 2007 a procédé
à la définition d'orientations stratégiques et
d'un plan d'actions pluriannuel qui portera en 2008 sur la
création d'un véritable réseau




régional
d'Accueil-Information-Orientation, d'un centre d'hébergement et
de vie et la mise en place d'un réseau d'instances locales
couvrant tout le territoire ; ceci dans le but de faciliter
l'appropriation de la démarche et d'instaurer un esprit
coopératif entre les acteurs opérants du PRDF.
R.M. - Cette nouvelle
compétence régionale permettra-t-elle, selon vous, de
mieux mettre en adéquation le système de formation avec
les besoins ?
A.K. - Le pilotage
devient incontestablement plus facile dans la mesure où la loi
du 13 août 2004 renforce le champ d'action de la Région,
non seulement dans le domaine de la formation professionnelle avec
l'élaboration du PRDF mais aussi dans celui du
développement économique avec l'élaboration d'un
Schéma Régional de Développement économique, qui
à notre niveau a été adopté au
quatrième trimestre 2006. Sur le plan de la méthode, au
niveau du territoire, la Collectivité a désormais la
possibilité de lier de façon quasiment organique sa
politique de développement économique et de formation
professionnelle, en recherchant la meilleure recomposition possible
entre tous les acteurs et la synergie entre leurs actions. Cet objectif
est au cœur de nos préoccupations.

