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Regions Magazine - Vous êtes à la tête de ce nouveau " super " ministère qu'est le MEDAD, créé par le Président de la République Nicolas Sarkozy à son arrivée. Quelles différences par rapport à l'ancien MEDD ?

Jean-Louis Borloo - Les Français ont désormais clairement conscience des urgences environnementales. Ils se sont par exemple beaucoup interrogés cet été sur les caprices de la météo et plus généralement sur le changement climatique. Ils sont prêts à agir et à s'engager. A nous de les aider à passer à l'acte. Ce grand Ministère n'a pas été construit par goût du gigantisme. Nous sommes partis des objectifs à atteindre pour construire ensuite l'instrument le plus efficace possible. Ces objectifs, quels sont-ils ? Je prends un exemple : les pays de l'Union européenne ont décidé de réduire de 20% leurs émissions de CO2 à l'horizon 2020. Cela implique une vraie révolution dans notre façon de nous déplacer, de construire nos logements ou de consommer. On voit bien qu'aujourd'hui, tous ces sujets sont liés : on ne peut plus parler de transport sans parler de l'aménagement de nos villes ou de logement sans parler d'économie d'énergie. Bref, il faut une approche totalement transversale. C'est la raison pour laquelle, ce grand Ministère concentre tous les leviers : l'écologie bien sûr mais aussi les transports, l'aménagement du territoire, l'habitat,….C'est une expérience absolument inédite en Europe et dans le monde qui est d'ailleurs observée de très près par beaucoup de pays.

R.M. - Quels sont les grands axes de votre politique ? En tant qu'ancien ministre de la Cohésion sociale, quel regard portez-vous sur les politiques menées en France en matière de développement durable ?

J-L.B. - Le Grenelle de l'Environnement marque une vraie rupture : on est sorti de l'anathème et on s'est parlé. Nous avons pris collectivement le risque et la responsabilité d'un débat vrai et authentique. Ce grand débat a permis de poser sur la table une grande partie des contradictions de la société française. Chacun a pu s'exprimer librement sans renier ses valeurs ou son mandat. Je pense que c'est la méthode gagnante. En tout cas, c'est exactement la même démarche que j'ai suivie lorsque j'ai lancé le Plan de Cohésion Sociale ou le Plan de rénovation urbaine. Cette méthode, quelle est-elle ? On réunit tous les acteurs autour d'une même table. On établit la base d'un diagnostic partagé. On agit avec tous les partenaires sur tous les fronts à la fois en décloisonnant l'action au maximum. On se fixe des objectifs clairs et quantifiés avec des normes intermédiaires réalistes. Et puis, il faut toujours évaluer, vérifier, corriger. Sur le Grenelle, je souhaite m'inscrire dans une logique d'efficacité et de résultats : nous allons mettre en place des comités de suivi pour vérifier que les engagements soient scrupuleusement respectés.

R.M. - Quels sont les objectifs du " Grenelle " qui s'achèvera en octobre ?

J-L.B. - L'objectif du Grenelle est de trouver un chemin de croissance garantissant à chacun un haut degré de santé et de qualité de vie. Nous voulons démontrer que le développement durable n'est pas une régression mais une formidable opportunité d'investissements et de bien être ; que l'écologie, ça ne coûte pas plus cher quand le marché est organisé. Par exemple, ça ne coûte pas plus cher de prendre le tramway ou le métro que de prendre la voiture…Simplement, personne ne doit être pris dans une impasse. En clair, nous devons proposer aux Français des alternatives crédibles sur les transports, sur les économies d'énergie, sur la consommation. Voilà l'objectif du Grenelle
: créer une économie de l'alternative permettant de passer de l'ère du jetable à l'ère du durable. C'est la raison pour laquelle, j'en appelle à la mobilisation de chacun d'entre vous : emparez-vous de ces sujets, faites entendre votre voix, exprimez vous sur :
www.legrenelle-environnement.fr.

R.M. - Où en est aujourd'hui le dossier de la fiscalité écologique ?

J-L.B. - Je veux poser un principe clair : la protection de l'environnement ne doit pas être le prétexte à une hausse globale de la fiscalité. Je crois qu'il ne faut pas confondre deux choses : utiliser la fiscalité comme un signal ou comme une incitation pour aider les Français à acheter des produits plus propres ou pour engager des travaux d'isolation et utiliser la fiscalité écologie comme une variable d'ajustement budgétaire. Je ne veux pas faire de " rendement caché " car cela reviendrait à rompre le contrat passé entre le Président de la République et les Français. Ma feuille de route est simple : on ne raisonne qu'à taux de prélèvements obligatoires constant c'est à dire que si on augmente d'un côté, on diminue de l'autre. La protection de l'environnement n'a de sens que si elle permet d'améliorer le pouvoir d'achat et la compétitivité des entreprises.

R.M. - La France tiendra-t-elle l'objectif européen d'amener à 20% d'ici 2020 la part d'utilisation des énergies renouvelables dans son bouquet énergétique ?

J-L.B. - Soyons précis : cet objectif s'applique non pas à la France mais à l'UE prise dans son ensemble. Pour le dire autrement, c'est l'Union européenne qui s'engage à porter à 20% la part des énergies renouvelables dans son bouquet énergétique. Les 27 états membres sont donc en train de discuter entre eux pour savoir la part que chacun devra assumer pour atteindre cet objectif commun. Il y a en effet des pays qui partent de plus haut. D'autres qui, au contraire, sont en retard et démarrent presque de zéro. Il s'agit donc de s'adapter aux capacités de chacun. Avec près de 17 millions de tonnes d'équi-
Jean-Louis BorlooMinistre d'état, ministre de l'écologie, du
gouvernement
dossier
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