Régions Magazine - Quelles retombées la Région capitale
attend-elle de la mise en service du TGV Est européen qui,
lorsque la 2e phase sera achevée en 2014 ou 2015, mettra
Strasbourg à 1 heure 50 de Paris et, à terme, reliera
Budapest, la capitale de la Hongrie ?
Jean-Paul Huchon - Un
signal fort donné à l'entente franco-allemande, axe
historique de la constitution de l'Europe... Celle-ci, sans être
aujourd'hui en panne, est dans une période plus complexe. Un tel
outil ne peut qu'être un accélérateur de la
construction d'une Europe à visage humain. La poursuite du
maillage d'un réseau à grande vitesse conforte
l'attractivité de notre région, véritable
cœur de ce réseau. Cela constitue évidemment une
bonne chose pour nos pôles d'emplois de Roissy, de
Marne-la-Vallée et de Massy-Palaiseau-Saclay pour ne parler que
de la banlieue, mais de manière générale, c'est un
atout pour nos entreprises dans un contexte de concurrence
internationale
Par ailleurs, un autre facteur majeur
accélère ce processus : le fait que l'état n'a plus, ou disons
de moins en moins, les moyens financiers de faire seul ! Les
évolutions des clés de répartition au sein des
différents contrats de plan état-Région sont de ce point de vue assez
éloquentes.
La LGV Est est donc à la croisée de
ces évolutions et pourrait devenir une pionnière quant au
mode de financements de demain des grands ouvrages d'art de notre pays.
Si la décision de principe revenait, et
cela est bien normal, à l'état, la discussion avec chaque région
traversée a été âpre et le point de vue, la
volonté des élus ont été entendus. J'ai, en
Île-de-France par exemple, obtenu que l'on assure les protections
phoniques nécessaires lors de l'entrée dans la zone
urbanisée en Seine-et-Marne, à Chelles en particulier.
Si l'on va au-delà de votre question, le
développement du réseau à grande vitesse dans
notre région capitale est à la fois un formidable atout
économique, mais à terme il imposera une nouvelle
organisation, en termes d'aménagement du territoire, de
l'implantation des gares concernées par le réseau dit
national (grande vitesse mais aussi corail). Faute de quoi les
actuelles infrastructures ne seront pas en capacité de
répondre, faute d'un nombre suffisant de sillons, à la
fois à un développement du réseau national et
international et au besoin de développement du réseau
Transilien, le réseau de transport en commun
infrarégional. Nous vivons d'ores et déjà ce
problème à l'Ouest de l'agglomération sur le
réseau de Saint-Lazare et nous travaillons à de
premières solutions avec nos voisins normands.
Cette question n'est pas anodine car elle
imposera tôt ou tard à chacun de repenser l'organisation
des gares parisiennes et de banlieue. En d'autres termes, demain, il
sera peut-être opportun d'amplifier les mouvements TGV, et
même corail, avec des terminus non plus systématiquement
dans l'une des cinq gares parisiennes, mais bien dans les gares
d'interconnexion TGV de
banlieue (aujourd'hui au nombre de quatre : Roissy,
Marne la vallée, Massy et Versailles) de manière à
alléger le réseau du cœur de l'agglomération
pour augmenter le nombre de trains Transilien.
R.M. - Quels ont
été les aménagements nécessaires en
Île-de-France pour accueillir le TGV Est ?
J-P H. - La
Région a eu à cœur de protéger les riverains
des risques de nuisances accentués par l'arrivée du TGV
et de préserver l'environnement existant. Aussi, la
Région a financé des murs anti-bruit le long de certaines
villes comme Chelles, Vaires ou Gagny ou encore des pose de merlons
(talus de terre protecteur) comme dans la zone de Pomponne par exemple.
Pour l'environnement, outre le déboisement très
limité et automatiquement compensé par un reboisement, il
a été prévu un certain nombre de mesures comme des
remblais paysagers, des passages pour les animaux…
© J.-L. Cormier / Bar Floréal Photo
R.M. - La LGV Est un
bel exemple de " co-décision " entre l'état et les
collectivités territoriales concernées (co-financeurs de
la ligne). Comment avez-vous pesé sur les décisions ?
J-P H. - Le temps du
tout état
qui décidait seul et imposait ses décisions est
révolu. Les lois de décentralisation sont passées
par là et, d'une certaine manière, c'est aussi le sens de
l'histoire. La France et sa culture jacobine doivent se mettre dans le
concert européen au diapason des autres états qui, l'Angleterre
mise à part, s'organisent davantage autour des
collectivités locales.