Régions Magazine - Cela fait un mois que le TGV Est
européen a été
mis en service. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Alain Le Guellec - Il
y a deux aspects dans ce succès, l'aspect commercial et le
défi technique.
Concernant l'aspect commercial, nous avons
aujourd'hui effectivement un peu plus de clients que nous le pensions
dans la phase de démarrage, ce qui occasionne quelques
difficultés. Ceci peut s'expliquer par le fait que nous avons
mené une politique de communication très forte autour de
ce projet depuis plusieurs années avec comme point d'exergue le
lancement commercial le 10 juin. Nous avons également
lancé une offre promotionnelle à 15 euros avec 5 000
billets par jour. Tout cela a boosté notre objectif dans les
deux premières semaines, avec des trains approchant les 90% de
taux d'occupation en moyenne. Il y a une telle attente du TGV que les
gens viennent le voir quand il arrive !
Mais il faut dépasser l'effet "
découverte " du démarrage. Il faut que ce
succès se
confirme pour arriver à plus 65% de trafic
à l'horizon 2010 avec 11 millions et demi de voyageurs, tel que
nous l'avons annoncé.
Ensuite, nous avions un véritable
défi à relever parce que, le 10 juin, il ne fallait pas
seulement lancer le TGV mais bien changer la totalité des trains
qui circulaient sur l'Est de la France, mettre en place la
quasi-totalité de la desserte TGV, ce que nous n'avons jamais
fait auparavant sur aucun projet, et mettre également en place
les nouvelles dessertes TER. Ces dernières sont d'ailleurs en
nette progression, de l'ordre de 15 à 20% selon les
régions.
Globalement, nous avons 85% de
régularité dans cette phase de démarrage. La
régularité des TER avoisine, quant à elle, les 90
et 95%. Certains dysfonctionnements ont été
identifiés, mais sur la conception d'ensemble, nous n'avons pas
relevé de problèmes importants, hormis peut-être
quelques réglages sur certains horaires. Les dessertes
évolueront ensuite selon les besoins.
R.M. - Retour sur
cette aventure
collective. Quelles ont été les
relations avec vos partenaires, notamment les collectivités
territoriales ? Quelles mesures d'accompagnement ou quelles
précautions ont été prises pour l'avenir (en cas
de grève ou autre) ?
A.L.G. - Je
rappelle tout d'abord que sans ces partenaires, il n'y aurait pas eu de
projet. Si le TGV Est s'est fait, c'est parce que les
collectivités se sont battues pour l'avoir, notamment
financièrement.
J'ai pris la direction en 2000. L'accord sur le
financement et la réalisation ayant été
signé en janvier 1999, j'ai accompagné la mise en place
de la convention de financement du projet, la concertation sur les
dessertes TGV (qui s'est terminée en février 2005) et la
recherche d'un accord sur les horaires et les tarifs.
Les Régions ont aussi accompagné le
projet indirectement via les Contrats de plan état-Région par des
investissements d'infrastructures et par la mise en place des nouvelles
grilles TER (par exemple sur Paris-Châlons / Nancy-Strasbourg
où il a fallu remplacer des trains Corail par des relations
TER).
Sur toute cette phase de démarrage du
projet, je dirais que nous avons eu de très bonnes relations
avec nos partenaires qui ont parfois exprimé des exigences et
une certaine impatience. Les collectivités ont aussi
été un très fort relais de communication pour
nous.
La SNCF a eu l’idée de créer
le Club 320, les amis de la Grande Vitesse et du TGV Est européen, auquel
ont adhéré beaucoup de collectivités,
d'entreprises et de chambres de commerce. En effet, l'évolution
économique des territoires est avant tout de la
responsabilité des acteurs économiques. Sur ce projet, il
était donc nécessaire de mettre en œuvre des
relations porteuses d'actions (par exemple la naissance du Centre
Pompidou de Metz, ou bien la mise en place du tram-train de Strasbourg
en 2009, soulignons également l'action de Champagne-Ardenne
Développement, des villes de Reims, de Mulhouse, etc.).
Pour l'avenir, des clauses sont déjà
prévues dans les conventions TER avec les Régions, selon
les Régions. Par ailleurs, le TGV c'est une chose, mais si
l’on veut irriguer tous les territoires, il faut le faire de
façon fine en associant TGV et les autres moyens de transport.
Quand on est