Régions Magazine - Quelle est la situation économique actuelle de la
Martinique ?
Alfred Marie-Jeanne - Vaste
question qui peut amener une réponse controversée.
Les chiffres attestent, en effet, d'une croissance
continue (3,1%) soutenue par l'investissement des ménages et des
entreprises, dans un contexte de baisse
généralisée des taux d'intérêts.
Cette croissance, confortée par la mise en
œuvre de grands travaux (TCSP, lycées et collèges,
hôpitaux…), n'a cependant pas permis de juguler le
chômage qui reste encore très élevé (22%).
Et de nombreux signaux restent alarmants : un fort taux de
mortalité des entreprises, un taux d'illettrisme qui reste
préoccupant, une crise des secteurs traditionnels (tourisme,
banane).
Des nouvelles niches porteuses d'emplois
identifiées (énergie renouvelable, services à la
personne et aux entreprises, métiers de l'environnement…)
et un savoir-faire reconnu dans certains domaines permettront à
l'avenir d'accompagner un développement plus soutenu.
Cela suppose néanmoins une anticipation
rigoureuse des problématiques et une capacité à
mettre en place des politiques économiques adaptées.
R.M. - Vous
préparez votre Schéma Martiniquais de
Développement économique. Où en êtes-vous ?
Quelles sont les grandes orientations
stratégiques ?
A.M.-J. - Le
Conseil régional élabore, en concertation étroite
avec l'ensemble des acteurs politiques, économiques, chefs
d'entreprises, universitaires, socioprofessionnels, artistes …un
schéma prospectif et stratégique pour la Martinique
à l'horizon 2025.
Des échanges et des travaux
d'approfondissement qui durent depuis maintenant plus de neuf mois,
quatre grandes orientations stratégiques se dessinent
aujourd'hui :
- Rendre plus cohérente l'organisation pour
une meilleure efficacité des politiques économiques ;
- Placer l'Homme au cœur du
développement en favorisant une gestion anticipée de la
ressource humaine et en enrichissant les politiques d'insertion ;
- Tendre vers la performance et l'innovation par
un système d'Intelligence économique et une recherche au service du
développement ;
- Créer des Pôles de Qualité
irrigués par des réseaux efficaces et
privilégiant une valorisation judicieuse du patrimoine naturel,
économique, culturel…
Ces orientations ont vocation à être
déclinées en Plan d'Actions.
R. M. - Vous avez
organisé le 9 février une Conférence pour
l'Emploi. Qu'est ce qui en est ressorti ?
A.M.-J. - L'objectif
de la journée était de réfléchir sur
l'évolution prospective du marché du travail et sur les
opportunités qui pouvaient potentiellement s'en dégager.
Le vieillissement de la population, croisée à une
proportion de plus en plus importante de population formée,
oblige en effet à une anticipation. Dorénavant,
performance, compétitivité, doivent être au
cœur du débat si l'on veut valablement se positionner sur
l'échiquier international, en mutation technologique permanente.
L'ambition de cette journée était
d'identifier les orientations en termes de définition des
nouveaux emplois et des nouveaux métiers pour que le gisement
d'emplois " libérés ", à l'horizon 2011,
soit véritablement une opportunité du haut en bas de la
hiérarchie pour l'ensemble des Martiniquais.
Des pistes d'actions très concrètes
ont été proposées, telles un travail
spécifique sur les métiers publics (numerus clausus pour
la médecine,
concours régionalisés pour
l'éducation…), la mise en place d'une structure de
coordination des actions pour l'emploi chargée de
réaliser des analyses prospectives sur les opportunités
d'emplois, le développement de l’ingénierie de la
gestion anticipée de la ressource… ; des actions visant
à accompagner l'émergence de nouveaux secteurs tels que
les métiers liés à l'énergie renouvelable,
les technologies propres, les services à la personne….des
actions visant à revaloriser les filières traditionnelles
(agriculture, hôtellerie..)
Il a été proposé de
reconduire cette Conférence annuelle, avec l'ambition
d'évaluer, à l'aide d'indicateurs, les effets des
dispositifs mis en place.
R. M. - Qu'auriez-vous
à souhaiter pour 2007 ?
A.M.-J. - Le
Schéma Martiniquais de Développement économique le fait
clairement ressortir : de nombreux acteurs, à compétences
multiples, et œuvrant dans des secteurs variés, ont
freiné la mise en place de politiques régulatrices,
indispensables pour un développement harmonieux. Plus que
jamais, la question de l'organisation administrative et
institutionnelle se pose.
Et je la poserai à la nouvelle
équipe au pouvoir en France, quelle qu'elle soit.




Conférence pour l’emploi
organisée par la Région le 9 février