
Régions Magazine - Vous êtes responsable du Développement durable
pour le Groupe Banque Populaire, quel est votre rôle exactement
au sein du Groupe ?
Arnaud Berger - Ma
mission générale est de faire progresser le
développement durable dans le Groupe. Cette mission se
déroule selon trois axes : En premier lieu le management,
c'est-à-dire diminuer l'impact de l'activité bancaire
comme toute activité économique sur l'environnement.
Deuxièmement, l'organisation. Mieux nous structurer pour
répondre à cette mission d'excellence dans le
développement durable. Nous avons ainsi mis en place des "
correspondants développement durable " dans l'ensemble des
Banques Populaires régionales et des entités du Groupe.
Nous utilisons également l'intranet du Groupe afin de reporter
les données, informer les collaborateurs, etc. Enfin, le
troisième axe : intégrer le développement durable
dans la relation client, c'est-à-dire les parties prenantes que
sont nos clients et sociétaires, mais aussi d'autres acteurs
comme les Conseils régionaux, les établissements publics,
etc. Par exemple, en matière de solidarité, nous avons
signé des accords pour la distribution des micro-crédits
sociaux dans les régions; c'est l'aide aux personnes en
difficulté via des financements adaptés pour favoriser
leur insertion. C'est aussi vrai pour l'environnement, domaine dans
lequel il y a beaucoup à faire.
Mon rôle est en quelque sorte de faire
rencontrer la Banque et l'ensemble des parties prenantes au
développement durable afin que nous soyons mieux à
même de juger de leurs attentes.
R. M. - Où en
est-on aujourd'hui en France en matière de financement de
l'environnement ?
A. B. - Il y a
eu des effets d'annonce. Aujourd'hui on parle beaucoup de financer
l'environnement par des outils bancaires, alors qu'auparavant, on n'en
parlait pas du tout. Cela suscite l'intérêt des
collectivités, établissements publics, entreprises, et de
l'Union européenne. La banque peut devenir un acteur important
de la construction du développement durable.

R. M. - L'expérience
du financement PREVair et du CODEvair montre que l'environnement a
toute sa place dans l'activité des banques - constat qui
peut-être renforcé par l'actualité des annonces
gouvernementales. Or, les banques semblent encore " frileuses
" sur ce terrain…
A. B. - Comme
dans toute entreprise, il faut un temps d'adaptation. L'environnement a
souvent été considéré sous ses aspects
techniques, parfois juridiques et fiscaux, mais jamais sous l'angle du
marché. Par ailleurs, les banques ont des obligations en
matière d'appréciation du risque et dans le domaine de
l'environnement, il reste encore des inconnues, beaucoup de travail
à réaliser et de connaissances techniques à
acquérir.
Le Groupe Banque Populaire est un des pionniers
en matière de financement du développement durable. Dans
le Groupe Banque Populaire, la moitié du réseau, soit 10
Banques, développent PREVair et le CODEVair. C'est une
démarche volontaire du Groupe. Cela le restera car l'état n'a pas
créé de livret spécifique. La mise en place de ces
outils permet d'initier un dialogue, un échange avec les parties
prenantes. Les banques sont en effet beaucoup plus alertes sur ces
produits lorsqu'elles rencontrent l'Ademe et les Régions, deux
partenaires essentiels qui construisent les contrats de projet état-Région,
directement liés au développement durable.
R. M. - Les
collectivités locales sont aujourd'hui très actives pour
appuyer les financements écologiques et recherchent des outils
financiers en complément ou en substitution aux subventions
classiques. Quelques Régions ont commencé à
proposer des prêts bonifiés avec le concours de banques.
Comment voyez-vous l'évolution à moyen terme ?
A. B. - Parce
qu'elles sont très ancrées sur leur territoire
d'implantation et le connaissent bien, les Banques Populaires peuvent
répondre à l'attente des Régions, qui ont un
rôle moteur en matière de développement durable.
L'évolution au niveau des Régions est spectaculaire.
Elles ont pris à bras le corps le dossier du financement du
développement durable, et plus particulièrement celui de
l'environnement et de la lutte contre l'effet de serre. Elles
réfléchissent à des outils financiers annexes
à leurs politiques de subvention. D'où l'émergence
d'un travail sur les prêts bonifiés écologiques
mais aussi sur des fonds de tiers investissement, notamment pour
travailler au niveau
collectif. Elles ont tout à gagner dans ce
domaine puisque l'Europe a intégré le thème des
outils financiers et bancaires dans différents programmes
(comment soutenir l'innovation, l'efficacité
énergétique, etc.), alors qu'auparavant, on ne parlait
que des outils économiques. Ces programmes
européens sont soutenus par une association dont le Groupe
Banque Populaire est membre, l'EPE / PEE (Partenaires Européens
pour l'Environnement). Dans ce cadre, nous avons mis en place la
première plate-forme d'échange public-privé avec
la Région Rhône-Alpes. Hélène Blanchard,
vice-présidente de la Région en charge de l'Environnement
a créé un réseau appuyé par le programme
ECREIN*, soutenu par la Commission européenne, afin de
définir une politique en faveur du financement des
éco-innovations et des éco-investissements.
Les Régions ont donc une passerelle
à construire au niveau européen. Avec les fonds
européens, elles vont pouvoir créer des outils qui
peuvent être relayés au niveau régional par les
Banques Populaires.
Propos recueillis par Maud Vuillardot
Repères
- Les prêts PREVair existent depuis 1990
pour les entreprises
- Les prêts PREVair et le livret
d'épargne écologique CODEVair existent depuis 1999 pour
les particuliers et les collectivités
- 2004, une convention pionnière est
signée entre la Banque Populaire d'Alsace et l'Ademe, puis le
Conseil régional pour le lancement de prêts
bonifiés. Succès médiatique et départ de la
réflexion dans toutes les régions sur le financement du
développement durable
*ECREIN : programme pour le financement des
éco-innovations et coopération entre Régions
Européennes