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Gabrielle Gauthey

Membre du collège de l'ARCEP*


" Nous voyons avec satisfaction que les projets de réseaux d'initiative publique,
à l'échelle des départements ou des régions, favorisent l'émergence
de nouveaux opérateurs locaux dynamiques et nous souhaitons les aider. "

Régions Magazine - Vous venez régulièrement apporter le point de vue de l'Autorité dans cette édition spéciale de Régions Magazine. Quel bilan pouvez-vous tirer aujourd'hui concernant à la fois la couverture et  l'homogénéité des offres de haut et très haut débit en France ? Où en est-on dans le dégroupage total ?

Gabrielle Gauthey - L'équipement de notre territoire en haut débit se poursuit . La France compte désormais près de 10 millions d'abonnés au haut débit (9,4 millions au 1e janvier 2006) dont 8,9 millions par l'ADSL. Alors qu'elle accusait un sérieux retard il y a encore trois ans, elle se situe désormais au 4e rang européen en terme de taux de pénétration, et est en passe de rattraper les USA.

Ce rattrapage est essentiellement dû à la concurrence qui prévaut depuis maintenant 3 ans grâce au dégroupage. Elle a permis une baisse substantielle des tarifs et surtout l'apparition d'offres triple-play plurielles et particulièrement innovantes. Aujourd'hui, 3,15 millions de lignes sont dégroupées dont près de 1 million totalement.

France Télécom annonce pour fin 2007 un taux de couverture de 97% de la population. Il est certain que ce sont toujours les derniers pourcentages qui sont les plus difficiles à couvrir. Ils ne sont pas tous d'ailleurs en zones dites blanches, mais correspondent à des abonnés dont les lignes sont trop longues pour supporter le haut débit par l'ADSL. Il y a certainement là une place pour les technologies dites " alternatives ".

Seule ombre au tableau : il subsiste encore une différence significative entre d'une part, les zones dégroupées qui comptent environ 53% de la population où les ménages peuvent choisir entre plusieurs opérateurs proposant du triple-play et d'autre part, le reste du territoire où les débits disponibles sont plus faibles et les offres moins riches. Le défi essentiel aujourd'hui est donc celui de l'extension de la zone de dégroupage.

Pour ce faire, l'action des collectivités locales a depuis maintenant plusieurs années été déterminante, notamment pour étendre en amont des répartiteurs les réseaux de collecte en fibre et ainsi permettre à l'ensemble des opérateurs d'atteindre de manière non
discriminatoire la boucle locale dégroupable. C'est ainsi que la différence entre les territoires qui ont lancé des projets assez tôt et les autres est parfois flagrante : plus de 80 % de la population de départements comme la Manche ou l'Oise seront à terme " dégroupables ".
En revanche, en dehors des zones où les collectivités se sont impliquées, le périmètre du dégroupage a tendance à stagner. C'est ce qui a poussé l'ARCEP à inciter fortement France Télécom à faire une offre de fibre noire aux opérateurs dégroupeurs qui est intéressante, même si elle est limitée géographiquement et globalement moins avantageuse que celle des collectivités locales.

R.M. - Et dans les régions d'outre-mer  ?

G.G - Il est certain que la situation du haut débit dans les DOM est assez distincte de ce qu'elle est en métropole. En termes de population, le taux de pénétration du haut débit est moindre : 5% contre 13% en métropole. Le marché y est beaucoup moins concurrentiel et les offres en général plus chères pour des débits contraints.
Les tarifs sont en effet largement déterminés par les coûts du transport des flux IP entre ces départements et la métropole et donc par les tarifs de location des câbles sous-marins et de
leur complément terrestre. Ces câbles, qui sont souvent construits par des consortiums, sont souvent en monopole. Un certain nombre de collectivités, conscientes de cette situation, ont œuvré à la mise en place de capacités additionnelles pour y remédier: c'est le cas notamment de la Martinique, de la Guadeloupe et bientôt de la Guyane. La situation est encore difficile pour la Réunion avec qui les pouvoirs publics travaillent à une solution.

R.M. - Quels montages juridiques (Délégation de Service Public, Marchés de travaux, de concession ou d'affermage), en particulier dans les " zones blanches ", pour quelle tarification ? Quelle place pour la collectivité, le délégataire et les
opérateurs ?


G.G - L'intervention des collectivités se situe dans un contexte concurrentiel: il est donc important que les réseaux d'initiative publique soient ouverts à tous les opérateurs. La plupart des collectivités ont opté pour une formule conduisant à déléguer cette activité, le délégataire faisant son affaire de la construction et de l'exploitation du réseau. Dans tous les cas , il est préférable d'éviter de confier à un seul opérateur l'usage exclusif d'un réseau financé par de l'argent public.

La situation particulière des zones blanches est indéniablement plus facile à traiter dans le cas où celles-ci s'insèrent dans le cadre d'un projet plus vaste, permettant de mutualiser la desserte de zones plus ou moins denses. Pour les collectivités souhaitant traiter de manière isolée le cas de la couverture des zones blanches, une formule de la DSP dite " simplifiée " est envisageable.
Certains territoires ont ainsi obtenu des offres d'accès à 25 euros par mois (512 kbit/s)
ou 35 euros par mois (1024 kbit/s) pour les particuliers. Pour les PME, il faut compter 45 euros par mois.

Il reste que ces offres ne sont certes pas comparables à celles que l'on constate dans les zones dégroupées, que ce soit du point de vue des tarifs ou des performances techniques. Pour les PME, notamment, des offres abordables, avec des débits symétriques, font encore le plus souvent défaut.
G n36.tif
arcep
Aménagement numérique