René Souchon
Président du Conseil régional
d'Auvergne
“ Nous comptons beaucoup sur le pouvoir des
technologies de l'information
et de la communication pour rompre
l'isolement de certains de nos territoires.
Faciliter la
proximité par la modernité, voilà un beau
challenge.”
Régions Magazine - Monsieur le Président, c'est la première fois
que vous vous exprimez dans Régions Magazine et nous vous en
remercions. Vous avez été récemment élu
à la tête de la Région Auvergne après que
Pierre-Joël Bonté nous ait malheureusement brusquement
quitté le 18 janvier. Vous inscrivez votre action dans la
continuité de la sienne. Quels sont les prochains défis
que devra relever votre région ?
René Souchon -
Ni notre méthode de travail, qui privilégie la
concertation, ni nos priorités politiques n'ont changé.
Le fil rouge de mon action est et demeurera les 82 engagements que nous
avions pris collectivement devant les Auvergnats, suite aux Assises
territoriales de 2004, un vaste exercice de démocratie
participative qui a réuni plus de 7 000 personnes.
Le premier défi que nous nous sommes
lancés, c'est la prospection et l'accueil de nouvelles
populations. Une agence régionale de développement des
territoires a vu le jour. Elle a pour rôle
d'organiser et de labelliser l'offre sur les
territoires, l'offre de logement, les emplois à pourvoir, les
entreprises à reprendre...
Nous lançons d'ailleurs les 28, 29 et 30
juin prochains, la première édition de
l'université européenne de l'accueil de nouvelles
populations. Cette manifestation se tiendra en alternance avec la Foire
à l'installation de Limoges.
Mais accueillir implique aussi d'avoir des
territoires attrayants, donc une politique d'aménagement du
territoire offensive. La difficulté en Auvergne, c'est de
maintenir un équilibre entre la force motrice de l'Auvergne :
l'agglomération clermontoise et les territoires ruraux. Notre
préoccupation est de donner à chacun les moyens de
valoriser son potentiel et ainsi de contribuer à la
prospérité de toute l'Auvergne. C'est un art difficile.
Les contrats de territoire “ Auvergne + ” permettent de
coller au plus près de la réalité, sans
privilégier ni oublier personne, et de donner plus à ceux
qui ont le moins.
Notre deuxième défi, c'est celui de
l'emploi et d'un développement à la croisée de
l'économie, de l'environnement et du social. Le mode
d'intervention historique des collectivités, mais aussi de
l'Etat, est l'aide directe aux entreprises. Le Conseil régional
d'Auvergne s'est interrogé sur la pertinence, aujourd'hui, de ce
mode d'intervention qui mobilise l'essentiel de notre budget
économie. Etude à l'appui, il s'avère que ces
aides n'ont pas l'effet déclencheur escompté, que les
attentes des chefs d'entreprises portent plutôt sur des services
non financiers. Dans un contexte de raréfaction des fonds
publics et de marges de manœuvre de plus en plus réduites
par Bruxelles, nous avons décidé de mettre fin à
la dispersion des fonds publics. Nous concentrerons dorénavant
nos efforts sur des projets structurants au sein des filières,
susceptibles de créer des mouvements collectifs et d'aider les
entreprises à se positionner sur de nouveaux marchés.
Nous redoublerons d'efforts pour accompagner les créateurs et
repreneurs d'entreprises et leur faciliter l'obtention de financements
bancaires.
Enfin notre troisième priorité est
l'éducation et la Formation. Cela se traduit par la
gratuité des manuels
scolaires, du premier équipement
professionnel et un effort sans précédent pour la
rénovation des lycées. Je citerais aussi un projet qui me
tient particulièrement à cœur, l'école de la
deuxième chance. Education nationale, collectivités et
entreprises, au travers d'un club des 1 000, sont associées pour
permettre à des jeunes en grande difficultés de retrouver
le chemin de l'école, d'une qualification et d'un emploi. Pour
cette année, 144 jeunes seront accueillis sur 4 sites, IFI 03 un
organisme de formation de l'Allier, l'Ecole supérieure de
commerce de Clermont-Ferrand et les GRETA du Cantal et de la
Haute-Loire. Aucun jeune ne doit être oublié.
R.M. - En
matière de TIC, l'actualité de la région est
riche. Vous menez une politique ambitieuse et différentes
expérimentations. Pouvez-vous nous en citer quelques unes ?
R.S. - Nous
comptons beaucoup sur le pouvoir des technologies de l'information et
de la communication pour rompre l'isolement de certains de nos
territoires. Faciliter la proximité par la modernité,
voilà un beau challenge. Encore faut-il que tous les territoires
aient accès à l'ADSL. C'est pourquoi nous luttons, aux
côtés des départements, contre l'enclavement
numérique avec l'opération " couvrir les zones
d'ombre ". La Région s'est d'ailleurs portée
candidate à l'obtention d'une licence WiMax, technologie
alternative et prometteuse.
Le Conseil régional est l'initiateur de deux
programmes en direction de nos entreprises.
Lifgrid qui vise à répondre au
problème récurrent de la gestion de données,
volumineuses, dans les laboratoires et entreprises auvergnates des
sciences de la vie. Ce dispositif devrait aider la filière
à se structurer et donc assurer aux entreprises leur
pérennité.
Le second programme est la grille régionale
Auvergrid, plus communément appelée grille de calcul.
Elle a pour ambition de bâtir progressivement une grille de
ressources informatiques capable de répondre aux besoins de
plusieurs communautés d'utilisateurs, par exemple les instituts
de recherche, les établissements publics, industriels….
C'est un pas vers l'intégration de l'Auvergne dans l'espace
européen de la Recherche.


