Victorin Lurel
Président de la Région Guadeloupe
“ Je suis heureux de constater, au
gré de mes rencontres avec mes homologues présidents des
Régions ultrapériphériques, que la question n'est
plus de savoir
" si " nous devons être des
laboratoires d'expérimentation de la société de
l'information
mais " comment " nous devons l'être.
”
Régions Magazine - Où en est le projet de construction d'un
câble sous-marin cofinancé avec l'Union européenne
et confiée par délégation de service public
à l'opérateur privé local GCN (Global Caribbean
Network) ?
Victorin Lurel - Un peu moins de dix-huit mois après la signature
de la délégation de service public entre la Région
Guadeloupe et GCN, nous touchons au but. Les travaux de pose du
câble ont débuté le 10 février dernier
à partir de la Guadeloupe. Très vite, les deux points
" d'atterrage " prévus près de
Pointe-à-Pitre et près de Basse-Terre ont
été reliés, puis le cap a été mis
vers les Iles du Nord, Saint-Barthélemy et Saint-Martin, avant
d'effectuer la longue liaison vers Porto Rico. La pose devrait
être définitivement achevée dans la première
quinzaine de mai, soit un peu plus tard que prévu, mais nous
avons dû faire face à quelques difficultés sur le
tracé. Des tests seront ensuite réalisés avant la
mise en service définitive, dans quelques semaines. " Le
haut débit pour tous " sera, dès lors, une
réalité avec une augmentation très significative
de la capacité en bande passante à l'entrée de
notre territoire pour un coût très inférieur aux
conditions actuelles de marché en
créant une nouvelle offre concurrente en
réseau de transit.
R.M. - Vous aviez
l'ambition d'en faire un projet de coopération régionale
de grande échelle, car la problématique du
désenclavement numérique se pose à tout le bassin
Caraïbe. Quelles sont les collectivités qui y ont
adhéré ?
V.L. - En mai
2005, nous avons effectivement organisé en Guadeloupe une grande
conférence internationale sur le désenclavement
numérique dans la Caraïbe. A l'époque, nous voulions
faire connaître notre câble et voir dans quelle mesure sa
capacité pouvait être utilisée pour apporter le
haut débit dans les Etats voisins de la Guadeloupe à des
prix très concurrentiels. Les contacts noués à ce
moment, en particulier via l'association ACP Numérique, ont
été très fructueux et, depuis, nous avons conclu,
ou sommes sur le point de conclure,
plusieurs extensions du câble, que ce soit au
nord ou au sud de notre archipel. A cette date, les Iles Vierges
américaines (Sainte-Croix), Saint-Kitts et Antigua et Barbuda
sont des extensions déjà réalisées au Nord.
Nous avons également formalisé un accord de principe pour
rallier la Dominique et la Martinique au Sud. Enfin, nous discutons
aujourd'hui pour aller jusqu'à Trinidad et Tobago en passant par
Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, la Barbade et Grenade.
C'est en ce sens que ce projet est historique en matière de
coopération régionale dans cette
zone. Evidemment, la délégation de
service public financée par la Région concerne
spécifiquement la Guadeloupe, Saint-Martin et
Saint-Barthélemy, tandis que les autres extensions sont
financées dans le cadre de projets de coopération
régionale avec le concours des fonds européens Interreg
pour la coopération dans la zone Caraïbe. Mais, dès
lors que nous avons autant d'extensions, ce sont les perspectives de
rentabilisation de l'ensemble de l'infrastructure qui promettent
d'être meilleures.
R.M. - Vous nous
annonciez, l'année dernière, une délégation
de service public pour améliorer le maillage du territoire en
haut débit. Qu'en est-il ?
V.L. - En
créant ce câble, nous avions l'ambition d'agir sur les
conditions économiques du haut débit en Guadeloupe qui,
je le rappelle, se caractérisaient par des offres de
débit très faibles