Après deux ans et demi de présidence, Nicole Fontaine cède sa place au libéral Pat Cox
L'élection de ce dernier, plus difficile que prévue, préfigure de nouveaux clivages politiques au sein du Parlement européen
Il a fallu finalement trois tours de scrutin pour élire, le 15 janvier, le nouveau président qui a obtenu 298 voix contre 237 au travailliste britannique David Martin et 33 à l'eurosceptique danois Jens-Peter Bonde. Nicole Fontaine avait, quant à elle, été élue en juillet 1999, dès le premier tour, par 306 voix contre 200 au socialiste portugais Mario Soares, grâce à un accord de législature conclu entre les deux principaux groupes de droite : le PPE-DE (démocrate chrétien et conservateur) et le groupe du Parti européen des libéraux démocrates et réformateurs (ELDR).
Cet accord de législature, qui mettait fin à dix ans d'alternance "convenue" entre le PPE et les socialistes du PSE (Parti socialiste européen), prévoyait que Nicole Fontaine cèderait, à mi-mandat, sa place à Pat Cox. Une élection facile à priori qui a pourtant nécessité trois tours de scrutin et qui permet de tirer un certain nombre d'enseignements sur les clivages politiques à venir.
En recueillant 33 voix, mais surtout 66 au premier tour, Jens-Peter Bonde a rassemblé sur son nom un certain courant eurosceptique et souverainiste allant de la Ligue du Nord au Front National en passant par le Groupe Pasqua. Malgré une identification difficile des votes à bulletin secret, il est apparu également que les conservateurs britanniques boudaient Pat Cox pour ne rentrer dans le rang qu'au troisième tour. Le PPE, qui rassemble tout à la fois les conservateurs britanniques, les membres du RPR, de Forza Italia ou du Parti populaire espagnol, aura sans doute, à l'issue de ce scrutin, du mal à conserver une telle diversité de tendances. Enfin, Pat Cox doit aussi son élection à une partie des députés verts, emmenés par Daniel Cohn-Bendit, qui, contestant l'hégémonie du PSE, ont préféré se rallier au candidat issu d'un petit pays et d'un petit parti plus apte aux réformes. Une leçon pour l'avenir si l'on en croit Cohn-Bendit :" Les socialistes ont une conception hégémonique de l'Union de la gauche. C'est un message à tous ceux qui veulent faire de la politique avec nous" a-t-il précisé pour expliquer son vote.
Pat Cox va donc animer les débats des 626 eurodéputés jusqu'en juin 2004 et aura parmi ses actions prioritaires celle de promouvoir la réforme de son institution en vue de l'élargissement et de l'entrée de députés des nouveaux pays membres.
Portrait du nouveau président
Pat COX est membre du Parlement européen depuis 1989, représentant la circonscription de Munster en République d'Irlande. Avant d'entrer en politique comme Secrétaire général des " Progressive Democrats ", il était professeur d'économie à l'Institut d'administration publique à Dublin et à l'Université de Limerick (anciennement NIHE, Limerick), ensuite il fut journaliste et présentateur à la télévision irlandaise. Ces activités lui ont été d'une grande utilité tout au long de sa carrière politique.
C'est en 1998 qu'il fut élu pour la première fois Président du Groupe des Libéraux Démocrates européens, et unanimement réélu en juin 1999 lors des élections au Parlement européen. Les Libéraux Démocrates Européens constituent le troisième groupe de l'institution et rassemblent des membres de 19 partis libéraux démocrates.
A l'issue de son élection à la présidence, Pat COX a déclaré que la politique européenne entre dans une phase de défis particulièrement exaltants.
" Au début de cette année, nous avons vécu le passage réussi à l'Euro. A la fin de cette année, nous serons confrontés au défi historique de transformer en une réalité politique l'élargissement de l'Union.
Nous avons besoin de remettre les citoyens au cœur du projet européen en assurant à nos institutions une plus grande transparence, une plus grande efficacité et une plus grande responsabilité. Nous avons besoin également de réformer en profondeur nos méthodes de travail afin de revigorer nos débats en plénière, de promouvoir un vrai dialogue politique et de faciliter l'intérêt du public et des médias.
Ces défis exigent à la fois une vision claire et un agenda ambitieux. En tant que Président du Parlement européen, je m'engage à me consacrer entièrement, et de toutes mes forces, au bien de notre institution et à son devoir fondamental, qui est celui de servir les citoyens de l'Europe. "
Réunir - Reprendre contact - Réformer
Les trois cibles de la présidence de 2002 à 2004
Nous sommes à la veille de l'événement le plus important de l'histoire récente de l'Europe : l'élargissement de l'Union européenne. L'aboutissement des négociations pour l'élargissement est la priorité politique par excellence. Le Parlement européen compte prendre toutes les mesures qui sont en son pouvoir pour que les premiers traités d'adhésion puissent être approuvés avant les élections de 2004.
L'Europe élargie deviendra un partenaire stratégique valable pour le reste du monde, dès lors le PE devra élever son profil international en tant qu'assemblée de l'Union européenne élue au suffrage universel direct.
D'autre part, l'institution démocratique a le devoir de remettre l'Europe en contact avec ses citoyens, en agissant de façon transparente, efficace et responsable et la prochaine Conférence intergouvernementale devra simplifier et rationaliser les traités. Le Parlement européen est l'unique forum en Europe dans lequel les lois européennes sont élaborées publiquement. Sa responsabilité législative accrue imposera une réforme approfondie de ses méthodes de travail.