|
News
|
Le passage à l'euro jugé satisfaisant
Un événement historique : " des petits morceaux d'Europe dans les mains "
Pour la première fois, 12 pays, sur les 15 que compte l'Union européenne, ont renoncé de leur plein gré à leurs monnaies respectives et en partagent maintenant une seule. Il est vrai que l'euro existe déjà depuis le 1er janvier 1999, date à laquelle les parités entre les devises européennes ont été définitivement fixées, mais les pièces et les billets - il a fallu trois ans pour les préparer - ne sont arrivés qu'aujourd'hui dans nos portefeuilles. " Et c'est un moment important, car, jusqu'à présent, l'Europe ne pouvait pas déclencher de patriotisme : on ne pouvait pas la toucher ", explique Xavier Larnaudie-Eiffel, ancien chef de cabinet d'Yves-Thibault de Silguy, commissaire européen aux Affaires monétaires de 1995 à 1999. Et en effet, les Européens ont été très nombreux à vouloir " des petits morceaux d'Europe dans les mains ", selon la formule du Président Romano Prodi, dès les premières minutes de la nouvelle année.
Le passage à l'euro jugé satisfaisant par la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE)
L'euro a été accueilli chaleureusement par le public européen le 1er janvier, la monnaie unique a brillamment passé le cap du premier jour ouvrable de la nouvelle année. L'activité commerciale a été normale le 2 janvier et un nombre important de transactions en espèces ont été réglées en euros dans beaucoup d'États membres. Les détaillants ont très souvent rendu la monnaie en euros dans toute la zone. On ne déplore aucun problème logistique majeur. Les files d'attente, quoique plus longues que d'ordinaire et en particulier dans les banques, sont restées gérables et tous les clients ont pu être servis. Les pièces et les billets en euros sont d'ores et déjà dans les mains d'un grand nombre de citoyens européens, mais le basculement n'est pas encore achevé. Dans les petites villes et les villages, beaucoup doivent encore remplacer leur monnaie nationale par l'euro et l'entreprise logistique de retrait des monnaies nationales ne fait que commencer. La Commission européenne continuera à suivre de très près l'évolution de la situation.
Tour d'horizon chez les Douze : l'engouement de la majorité des Européens pour la monnaie unique a constitué l'heureuse surprise de l'an nouveau
Que les Européens aient été enthousiastes ou sereins, parfois malchanceux ou mauvais élèves, le plus grand basculement monétaire de l'histoire s'est opéré, dans la majorité des cas, sans encombre ; c'est leur réel engouement pour la monnaie unique qui a constitué l'heureuse surprise de l'an nouveau.
Parmi les " enthousiastes ", nous retrouvons les Allemands, eux que l'on disait tellement attachés à leur mark, symbole de leur réussite économique, se sont convertis avec une apparente facilité à la nouvelle monnaie ; ils se sont pressés dans les caisses d'épargne pour retirer des euros. " J'ai l'impression que le sentiment général des Allemands a basculé " en faveur de l'euro, a déclaré le porte-parole de la principale fédération allemande du commerce de détail (HDE), Hubertus Pellengahr.
Quant aux Français, ils donnent l'impression " d'aimer l'euro ". Le passage à la monnaie unique a pris des allures de jeu, provoquant des discussions animées dans les commerces et les cafés. Le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet estime que " 85% à 90% des francs seront retirés de la circulation en l'espace de quinze jours ". Face à cet engouement, le mouvement de grève annoncé pour le 2 janvier par les syndicats bancaires a été ajourné, les employés de banques ayant préféré aller travailler en ce jour historique. Laurent Fabius, Ministre de l'Economie a souligné que " le passage à l'euro s'était passé en douceur de façon positive ". Toutefois l'on a déploré un nombre insuffisant de pièces en euros chez les commerçants.
En ce qui concerne les Finlandais, dès le 1er janvier, par une température de moins 12 degrés, ils faisaient la queue devant les agences de la Banque de Finlande, exceptionnellement ouvertes, pour se procurer les premiers euros. Le kiosque à journaux de la gare d'Helsinki ne désemplissait pas, rendant scrupuleusement la monnaie dans la nouvelle devise européenne.
Les Belges, les Néerlandais et les Luxembourgeois sont passés à l'euro dans la sérénité. En Belgique, les retraits en euros étaient nombreux aux premières heures de l'année. Au Luxembourg, aucun problème majeur n'a été constaté. Tandis qu'aux Pays-Bas, 75% des transactions devraient se faire en euros, dès mardi prochain. Le 3 janvier, le chiffre atteignait déjà 50%.
En Espagne, l'utilisation de l'euro a commencé doucement, les consommateurs continuant à utiliser les pesetas pour leurs paiements mais les banques ont tout de même connu une affluence exceptionnelle pour les opérations de change. Des milliers d'Espagnols ont fait la queue, le 1er janvier, devant les quelque 900 succursales bancaires et caisses d'épargne, exceptionnellement ouvertes de 11 à 14 heures. Au total 75 millions d'euros ont été mis en circulation.
Au Portugal, la banque centrale a tiré un bilan " très positif " des premières heures de l'euro et noté le " large soutien " de la population. Les retraits en escudos dans les machines qui n'avaient pas encore basculé ne représentaient que 10% du total des retraits.
Les Irlandais, quant à eux ne se sont pas précipités pour faire connaissance avec l'euro, ils ont attendu la fin de la grasse matinée du nouvel an pour s'y intéresser.
Les Autrichiens furent parmi les malchanceux, tout se passait pour le mieux, lorsqu'une panne majeure est intervenue dans le réseau de distributeurs automatiques de billets.
Parlons maintenant des mauvais élèves : les Italiens ont été les moins rapides à adopter la monnaie unique, au point de susciter une vive polémique politique à Rome. Le 2 janvier, les transactions en euros ne représentaient encore que 10 % du total des opérations effectuées. Des queues interminables se sont formées aux péages autoroutiers. La police a même dû intervenir dans quelques bureaux de poste et des banques pour mettre fin à des litiges. Pour ne rien arranger, les euro-sceptiques du gouvernement de Silvio Berlusconi se sont manifestés, ce qui contrastait avec l'optimisme du reste de l'Europe. Le ministre des Affaires étrangères Renato Ruggiero a regretté ces critiques. " Je me suis senti rempli de tristesse ", a-t-il dit. " Alors que, dans tous les autres pays, les gouvernements soulignaient l'importance de la valeur politique et éthique de la naissance de l'euro qui, pour deux générations d'Européens, signifie le changement du sens de l'histoire de notre continent, chez nous, l'on a tout fait pour la diminuer ", a remarqué M. Ruggiero en précisant que les positions face à l'UE et à l'euro sont très divergentes non seulement en Italie mais à l'intérieur du gouvernement Berlusconi.
Quant au " petit dernier " de la famille euro, la Grèce, il semble réussir un passage à l'euro sans difficulté majeure, avec une journée de plus pour s'adapter en douceur car le 2 janvier était férié.
|