Conférence interafghane de Bonn
Les Afghans commencent à ébaucher l'avenir de leur pays… mais les ambitions sont revues à la baisse
La Conférence interafghane s'est ouverte le mardi 27 novembre 2001 au château de Petersberg, près de Bonn. La trentaine de délégués qui représentent les différentes ethnies et factions afghanes se sont retrouvés autour d'une table pour tenter de mettre sur pied un gouvernement de coalition, sous les auspices de l'ONU.
Quatre groupes distincts ont été conviés. Les deux principaux sont celui de l'Alliance du Nord (la coalition essentiellement formée de Tadjiks, d'Ouzbeks et d'Hazaras, désormais au pouvoir à Kaboul) et celui désigné par l'ancien roi Zaher Chah ; deux autres délégations, moins nombreuses, sont également présentes : le groupe d'exilés afghans relevant du "processus de Chypre", proches du fondamentaliste Gulbuddin Hekmatyar et soutenus par l'Iran, et les représentants du "processus de Peshawar", qui s'étaient réunis fin octobre dans cette ville du Pakistan sous l'égide du royaliste Pir Syed Ahmad Gailani.
Rappelons que cette conférence est censée lancer un processus politique permettant de former un gouvernement transitoire à Kaboul et de déboucher, à plus ou moins long terme, sur l'instauration d'une grande assemblée tribale, " Loya Jirga ", qui devra lancer le processus d'élaboration d'une Constitution. La deuxième étape prévue était la désignation d'une "assemblée représentative" des différentes composantes du pays, chargée de réunir la fameuse Loya Jirga, qui jetterait les bases du futur Afghanistan. Cette seconde phase, d'une durée de plus ou moins deux ans, était supposée s'achever par des élections démocratiques.
Discussions uniquement sur la formation d'un gouvernement intérimaire
Les Nations unies, comme les factions afghanes espéraient dégager, en cinq jours de conférence, un accord réglant l'ensemble de la transition politique en Afghanistan. Mais au sixième jour de la réunion, et malgré le vent d'optimisme qui avait soufflé lors de la première journée de la rencontre, les délégués et les organisateurs ont dû revoir leurs ambitions à la baisse.
Concrètement, l'idée de mettre en place, dès maintenant, un Conseil national suprême, sorte de parlement provisoire de 120 à 200 membres, a dû être abandonnée. Le représentant spécial de l'ONU, Lakhdar Brahimi, a recentré les discussions uniquement sur la formation d'un gouvernement intérimaire, mis en place pour six mois et composé de 20 à 30 personnes.
Ce ne serait toutefois pas lui, mais une " commission indépendante " de 21 membres, qui convoquerait et organiserait, au printemps, une Loya Jirga, qui devrait dès lors mettre en place une vraie transition en établissant, pour deux ans, des institutions qui rédigeront une constitution et désigneront un gouvernement " largement représentatif " - mais on ne parle plus explicitement d'élections. Parallèlement, une Cour suprême serait créée afin de superviser la renaissance du système judiciaire du pays.
L'ONU suggère une " procédure simplifiée "
Les Nations Unies se sont donc rabattues sur un plan plus modeste en raison de la difficulté des quatre délégations afghanes à se mettre d'accord sur une liste de noms. " Cela rendait la formation d'un parlement insurmontable ". Mais même pour un " simple " gouvernement, les choses n'étaient pas si simples. Pour sortir de l'impasse, Lakhdar Brahimi a demandé aux quatre délégations de fournir chacune une liste de quinze personnes susceptibles de siéger dans ce cabinet et ensuite sélectionner ensemble, sur les 60 noms obtenus, les 20 à 30 qui participeront effectivement au gouvernement. Cette "autorité intérimaire" gouvernerait pour une période de six mois un pays ravagé par plus de 20 ans de violences.
Mais même cette procédure simplifiée promet d'ores et déjà des marchandages serrés pour les postes ministériels-clés, au point que plus personne ne s'avance à fixer une date pour la conclusion d'un accord, les plus optimistes parlent éventuellement du mercredi 5 décembre prochain.
Qui, alors, pourrait diriger la transition ?
L'ancien roi Zaher Shah pose un problème à l'Alliance du Nord et le président Burhanuddin Rabbani, leader de l'Alliance, n'est pas jugé assez fédérateur par beaucoup. L'ONU aurait proposé, selon un observateur, de ne pas les inclure dans l'autorité provisoire. Le roi, qui aurait le soutien de nombreux civils afghans, obtiendrait un rôle symbolique, comme celui de présider la fameuse Loya Jirga du printemps.
Le nom le plus fréquemment cité était celui de Hamid Karzaï, une personnalité pachtoune dont les combattants luttent aujourd'hui contre les talibans à 25 kilomètres de Kandahar. Partisan de l'ex-roi Zaher Shah, M. Karzaï a occupé, dans le passé, les fonctions de vice-ministre des Affaires étrangères. L'Alliance du nord, au pouvoir à Kaboul, a déjà accepté que le chef du gouvernement intérimaire afghan soit issu de l'entourage de l'ex-roi d'Afghanistan et l'entourage de l'ex-roi aurait proposé que le chef de sa délégation à la conférence de Bonn, Abdul Sattar Sirat, devienne chef de ce gouvernement provisoire. Affaire à suivre…
Par contre, un accord semble exister sur la question de la sécurité
L'ONU et la coalition internationale craignant de voir à nouveau les tribus s'entredéchirer, une fois le régime taliban disparu, a suggéré le déploiement d'une force multinationale de sécurité pour aider à la reconstruction politique, économique et sociale du pays. L'Union européenne et les 18 pays participant aux négociations ont exercé une pression morale maximum sur les délégués. Et il semblerait que les délégations afghanes se seraient mises d'accord sur une proposition de déploiement, " à la demande de l'autorité intérimaire ", d'une force multinationale limitée, " en attendant que les Afghans soient en mesure de mettre en place leurs propres forces de police et d'armée ".
Une étape décisive… quand même…
L'envoyé spécial américain James Dobbins estime pour sa part que les nouvelles propositions de l'ONU sont " une étape décisive ". " Nous avons parcouru les trois quarts du chemin. La question qui se pose est de plus en plus de savoir quand on va aboutir et non plus si l'on va aboutir. "