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Madame Citoyenneté et culture cybernétique
Le numérique est une réelle chance pour la culture et la presse, pourvu qu'il comporte esprit critique et ouverture à tous.
Viviane REDING,Commissaire européen chargé de l'éducation et de la culture a précisé devant l'Assemblée européenne des journalistes (Thessalonique, 24 novembre 2000) sa conception d'une culture européenne enrichie par le numérique.
Responsable européenne de l'éducation et de la culture, je suis par là même "commissaire à la citoyenneté".Or, dit-elle, la construction européenne change. Nous passons, certes avec notre traditionnelle méthode des « petits pas », d'une Europe construite autour de l'économie à une Europe faite autour des citoyens.
Ainsi aux derniers Sommets européens, a-t-on parlé d'avenir des systèmes éducatifs à l'ère numérique, de stratégie européenne d'éducation et de formation au long de la vie et d'agenda social européen. Quant à la culture, elle occupe une place croissante dans les politiques communautaires : Me REDING en veut pour pour preuve la mobilisation des fonds régionaux pour des initiatives culturelles et la meilleure prise en compte du caractère culturel du livre et du film par notre droit de la concurrence.
Et Me REDING de dire son étonnement sur le faible intérêt des médias européens pour ces politiques citoyennes. C'est que les « success stories » que soutient l'Union européenne dans l'éducation et la culture ne sont pas aussi « vendables » que les mauvaises nouvelles, les hésitations de l'Europe, les disputes entre Etats membres sur les bovins ou les institutions.
Me REDING énumère alors les initiatives qu'elle a prises :
 L'initiative « eLearning » (enseignement électronique) vise notamment à encourager le développement de contenus éducatifs européens;
 Le programme Media Plus, qui vient d'être adopté par les Quinze avec un budget de 400 millions d'euro sur cinq ans, va continuer à encourager la circulation des oeuvres audiovisuelles européennes et les résultats commencent à se faire sentir : au cours des quatre dernières années, la proportion des films européens vus dans des pays autres que leur pays d'origine est passée de moins de 14 % à plus de 22%.
 Me REDING vient de finaliser, avec la Banque européenne d'investissement, un programme de « capital-risque » et de garanties bancaires pour soutenir la création de contenus numériques européens.
Culture 2000, le programme culturel de la Commission, permet à des acteurs culturels de collaborer, de se mettre en réseaux aux quatre coins de notre continent, et donc de faire connaître nos richesses culturelles nationales.
 Pour 2001, Me REDING a lancé l'Année européenne des langues, qui va promouvoir les méthodes innovantes d'enseignement et d'apprentissage des langues en Europe
 Me REDING souhaite mener au niveau européen une réflexion approfondie sur le livre numérique.
 Le nouveau Plan d'action pour la mobilité des étudiants et des enseignants, va encourager nos gouvernements à multiplier notamment les pratiques de mobilité virtuelle : un étudiant de Thessalonique pourra suivre un cours donné à Barcelone et un étudiant de la Sorbonne un cours donné à Berlin. Pour ne pas parler que de mes initiatives, pensez aux possibilités qu'offre le multimédia de découvrir « online » ou « offline » les meilleurs musées, les plus beaux sites du monde avant que de les admirer in situ.
Mais pour la patronne européenne de l'éducation et de la culture, le numérique ne sera une réelle chance pour la culture qu'à deux conditions.
D'abord que nos jeunes Européens apprennent cette culture. Or ils n'apprennent pas assez à adopter une approche critique de ces milliards de contenus qui s'y trouvent.
La seconde condition pour que le numérique profite à la culture est qu'il soit un outil accessible à tous. Je refuse d'accepter comme un fait acquis l'existence d'un « fossé numérique » entre générations et couches sociales.
S'adressant à la presse, Me REDING, journaliste elle-même et "combattante du multiculturel", invite les médias européens à être les " filtres de l'information pertinente et d'analyse de celle-ci"
Pour la Commissaire, le journalisme mondialisé n'existe pas et n'est pas près d'exister. La Chaîne américaine CNN est, dit-elle,beaucoup moins une télévision du « village global » qu'une télévision profondément ancrée dans la culture américaine, dans la façon des Etats-Unis de voir le monde et de mener leur politique extérieure. La diversité journalistique européenne est aussi profonde que la diversité culturelle.
Me REDING observe "avec intérêt et un brin d'amusement" le débat actuel sur l'accès aux documents de politique étrangère du Conseil des ministres. Elle pense qu'il est du devoir des journalistes d'aller chercher l'information sans attendre que l'on vous ouvre jusqu'au tiroir de chaque fonctionnaire européen. C'est précisément ce travail de recherche que ne rendra jamais obsolète le passage au numérique. Et même pour Me REDING, la multiplication des informations disponibles donnent à la presse des responsabilités accrues en termes de vérification de vos sources, de combat contre les manipulations qu'Internet tend à faciliter.
Pour votre profession comme pour la culture, les technologies numériques sont une chance. La présence des journaux et des télévisions en ligne peut permettre de gagner un nouveau public à condition que les contenus soient complémentaires aux éditions originales et que j'y reviens un travail d'éducation à l'image et d'accès au plus grand nombre soit réalisé.
Je suis persuadée que le marché ouvert par ces nouvelles technologies ne se substitue pas au marché traditionnel je ne peux me passer ni de journaux ni de livres sur papier mais le complète. L'information sur le Net doit inciter à ouvrir un journal papier et l'information sur papier à aller voir des contenus supplémentaires sur le Net.
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