Où sont les bons schémas sociaux d'antan ?
Du nord au sud de l'Union, plus d'un citoyen éprouve du mal à s'y retrouver. Les politiciens et penseurs de droite comme de gauche uniformisent leur message, sinon leur progamme. Ils se succèdent les uns aux autres comme gestionnaires des Etats, et tendent dans la pratique à minimiser leurs divergences d'approche et à appliquer des politiques similaires. Les sociaux démocrates flirtent avec la nouvelle bourgeoisie branchée, tandis que les néo-libéraux s'abandonnent à l'ivresse du capitalisme spéculatif.
La classe ouvrière ou pour mieux dire les exclus de la mondialisation se réfugient dans l'absentéisme électoral ou dans les réflexes sécuritaires incarnés par les partis de l'extrême. Par ailleurs, une nouvelle classe sociale qualifiée de Bobo "bourgeoisie bohème" entre dans les rangs de la gauche traditionnelle, en lui apportant ses patentes de réussite économique !
Et pendant ce temps là, les chevaliers du marché des capitaux poursuivent, avec arrogance et cynisme, la conquête du profit maximal ! La logique dominante veut qu'une entreprise produise non plus un bénéfice, mais le maximum de bénéfice. Dans cette doctrine spéculative, le travail est soumis à la fluctuation des intérêts financiers, alors que les pouvoirs publics sont paralysés dans leur rôle de régulateurs socio-économiques.
Renault, Marks & Spencer, Danone et les autres
Elles sont de plus en plus nombreuses, ces entreprises prospères qui licencient des milliers de travailleurs, parce que le bénéfice n'est pas "suffisant". Les gouvernements et syndicats nationaux ont beau y faire, ces entreprises, pourtant aux consonnances familières, ne connaissent pas de frontières : elles redéployent leur activité en toute impunité, là où le profit est plus juteux.
A-t-on oublié qu'au cours du XX° siècle, le plein emploi et la paix sociale n'ont été érigés en principe et atteints au sein des Etats membres, que parce que de vastes mouvements sociaux se sont organisés face aux patronat et ont exigé itérativement des gouvernements nationaux la reconnaissance du droit au travail et la consécration des avantages sociaux ?
Alors pourquoi une véritable politique sociale européenne n'existe-t-elle pas, pour garantir ces mêmes droits au niveau communautaire. Certes, les Etats membres ont conservé la politique sociale dans leur giron, avec la bénédiction des syndicats nationaux, qui craignaient que les droits des travailleurs soient restreints dans l'uniformisation communautaire.
Mais aujourd'hui, n'est-il impérieux qu'un large mouvement social se constitue au niveau de l'Union européenne, pour exiger du Conseil de l'Union, la mise en place d'une politique sociale commune qui, en limitant les effets néfastes de la mondialisation, régule les stratégies des entreprises ayant leurs activités sur le territoire communautaire, y compris pour leurs activités dans les pays candidats à l'adhésion ?
La balle est en tout cas dans le camp de la Confédération européenne des syndicats !
Ludovic Dispaux