



Régions Magazine - A l'heure où les besoins énergétiques
sont de plus en plus grands en Europe et les prix du pétrole de
plus en plus élevés, quelle politique l'Union
européenne doit-elle engager pour répondre à ses
besoins sans augmenter sa dépendance énergétique
à l'extérieur ? Concrètement, a-t-on aujourd'hui
en Europe la capacité de cette indépendance, ce qui
serait bon pour le développement économique de nos
territoires?
Andris Piebalgs - Un
des principaux objectifs de la politique énergétique de
l'Union européenne est d'assurer la sécurité de
l'approvisionnement qui a pris un caractère urgent à la
suite des variations récentes des prix du pétrole et de
la crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine. Selon les
prévisions actuelles, la dépendance de l'Union
européenne par rapport à l'énergie importée
passera de 50% aujourd'hui à 70% dans trente ans. Il s'agit
là d'un des principaux points faibles de l'Europe en
matière énergétique. Il en existe d'autres, tels
que l'influence disproportionnée des prix du pétrole sur
l'économie en général et le fait que les
politiques visant à améliorer le rendement
énergétique et à promouvoir les sources
d'énergie renouvelables ne parviennent pas à
empêcher l'augmentation constante de la demande d'énergie.
Avec un tel schéma, c'est évident qu'on ne peut pas
éliminer notre indépendance, mais on peut, quand
même, réduire les dangers.
L'Union européenne doit réexaminer la
question et c'est l'une des finalités du débat
déclenché sur le livre vert de l'énergie que la
Commission doit adopter le 8 mars. La nécessité d'aborder
ces problèmes de façon positive est incontestable et il
convient de mettre au point et d'adapter en permanence un ensemble
cohérent de mesures parmi lesquelles:
-promouvoir un dialogue effectif et efficace avec
tous nos principaux fournisseurs et partenaires de transit ;
-promouvoir les sources d'énergie
renouvelables et donc locales;
-promouvoir l'efficacité
énergétique;
-promouvoir la diversification des sources
d'énergie et, en particulier, le gaz naturel
liquéfié (GNL);
-promouvoir les technologies propres.
Le nouveau livre vert aidera
considérablement l'Union européenne à trouver le
juste équilibre entre ces mesures. À cet égard, le
développement
de la dimension extérieure de la politique
énergétique sera donc une priorité.
R.M. - Dans cet
objectif, qu'attendez-vous de l'ouverture totale de la concurrence en
2007 du secteur du gaz et de l'électricité?
A.P. - Les
décisions politiques concernant le marché
intérieur de l'énergie ont déjà
été prises et un cadre juridique est désormais en
place. Dans l'immédiat, la priorité consiste à
faire en sorte que les mesures adoptées soient correctement
appliquées non seulement dans la lettre mais aussi dans
l'esprit. Actuellement, trois États membres doivent encore
mettre en œuvre le second paquet "électricité
et gaz" alors qu'ils avaient jusqu'en juillet 2004 pour le faire.
Ils sont déjà devant la Cour de Justice. Maintenant
mes services évaluent le contenu de la transposition et il est
possible que la Commission lance bientôt des nouvelles
procédures d'infraction.
Pour l'instant, l'Union n'exploite toujours pas le
potentiel économique que doit offrir l'ouverture totale des
marchés.
En outre, les investissements dans les
infrastructures transfrontalières sont insuffisants,
ce qui
ne favorise pas la création d'un marché vraiment
intégré. Or c'est seulement lorsqu'il existera un
réseau d'interconnexion adapté que l'ouverture du
marché de l'énergie profitera pleinement aux
particuliers. Il faut créer un marché plus
compétitif. Actuellement, dans de nombreuses régions de
l'Union européenne, la suprématie des opérateurs
historiques reste intacte et peu de consommateurs changent de
fournisseur. De plus, on n'a pas encore instauré partout
l'indépendance totale des gestionnaires de réseaux de
transport, ni atteint un niveau approprié de séparation
avec les fournisseurs chargés de la distribution.
En 2006, la Commission européenne
procédera à un état des lieux approfondi
concernant la création du marché intérieur du gaz
et de l'électricité. Sur la base de cette analyse, la
Commission
déterminera s'il convient de prendre des
mesures complémentaires pour améliorer le fonctionnement
du marché. L'ouverture du marché produit néanmoins
des effets positifs.
R.M. -Concernant les
énergies renouvelables, l'Europe va-t-elle d'une part, permettre
aux industriels présents sur le territoire européen de
développer leurs outils de production afin de promouvoir ces
énergies (l'éolien et le solaire notamment) et d'autre
part, aider les consommateurs (particuliers, collectivités
locales et entreprises) à les utiliser davantage?
A.P. - Promouvoir
les énergies renouvelables contribuera à la lutte contre
le changement climatique ainsi qu'à la
compétitivité en permettant de créer des emplois
et de préserver l'avance de l'Union européenne en
matière d'écotechnologies. L'Union s'est fixé
comme objectif de produire au moins 12% de l'énergie qu'elle
consomme à partir de sources renouvelables d'ici à 2010.
Il a été convenu qu'au moins 22% de
l'électricité et 5,75% des carburants pour le transport
devaient être obtenus à partir de sources renouvelables
d'ici à 2010. Cependant, si la tendance actuelle se confirme, on
risque de ne pas atteindre ces objectifs. Dans ce domaine absolument
vital, il importe de mieux faire.
En plus des mesures législatives
déjà en vigueur, il sera indispensable, à
l'avenir, de prendre des mesures d'aide directe pour assurer une
diffusion commerciale suffisante de l'"électricité
verte" jusqu'à ce qu'elle soit totalement viable. À
cet égard, j'ai présenté l'année
dernière une communication sur les systèmes d'aide. Elle
avait pour objet de décrire systématiquement les
mécanismes de financement dans les différents
États membres, d'évaluer l'efficacité et
l'efficience des mécanismes existants (législation en
matière de rachat, certificats verts, procédure d'appel
d'offres et incitation aux investissements), d'analyser la
conformité des différents systèmes d'aide aux
principes du marché intérieur, et d'étudier les
possibilités de systèmes d'aide européens à
moyen et long terme. Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'avoir
un système d'aide harmonisé dans l'ensemble de l'Europe.
En effet, je crois que la meilleure approche consiste plutôt
à coordonner les systèmes existants afin de faire en
sorte qu'ils promeuvent les énergies renouvelables
conformément aux objectifs fixés dans la directive.







