Régions Magazine - Il existe aujourd'hui, dans l'Union européenne,
d'énormes disparités entre les régions,
administrativement et économiquement. Dans ce contexte, comment
percevez-vous la place et le rôle des régions
françaises dans l'Union européenne ?
Danuta Hübner - C'est
un truisme que d'indiquer que les régions françaises
présentent entre elles une forte
hétérogénéité que ce soit en termes
de population ou de poids et de dynamisme économique, et donc de
richesses, pour ne parler que de l'essentiel. C'en est un autre que de
souligner que cette hétérogénéité
est encore renforcée dans une comparaison élargie aux
autres régions européennes, qui disposent pour certaines
d'entre elles d'un potentiel économique, de compétences
politiques et de capacités administratives dont ne sont pas
dotées les régions françaises à ce
jour, en dépit des avancées découlant des
lois successives de décentralisation.
Pour autant et quelle que soit leur taille, les
régions françaises et européennes ont un
rôle essentiel à jouer pour atteindre l'objectif de
croissance et d'emploi recherché par l'Union européenne,
et une place prépondérante à tenir dans la mise en
œuvre de la politique de cohésion dont j'ai la
responsabilité et dont tous les moyens sont également
mobilisés à l'atteinte de cet objectif.
R.M. - Il semblerait
aussi que la voix des présidents de région pèse
différemment en fonction des pouvoirs qu'ils ont à
Bruxelles…
D.H. - Trois
caractéristiques majeures de l'innovation confèrent aux
partenaires régionaux un rôle central :
- l'innovation ne peut être abordée
que de façon globale et partenariale, elle induit de ce fait un
élargissement des acteurs qui doivent être touchés,
notamment vers le monde économique ;
- l'innovation a une composante territoriale
croissante. Aujourd'hui les territoires leaders en la matière
ont des stratégies très élaborées ;
- en France, la collectivité
régionale est amenée à jouer un rôle
important dans le domaine de l'innovation, pour des raisons de
compétences institutionnelles. Cela appelle de sa part une
réponse managériale
construite, en cohérence avec les actions
des autres niveaux d'intervention (communautaire, national,
départemental, privé etc.) et une clarification de ses
compétences.
Aussi les régions se doivent d'inclure les
principaux enjeux du développement régional pour se
situer dès à présent aux deux niveaux de la mise
en oeuvre de la future politique de cohésion. Elles peuvent
proposer des plans stratégiques d'actions autour de l'innovation
qui pourraient fédérer les principaux acteurs
régionaux (collectivités territoriales, services et
établissements publics de l'Etat, milieux consulaires,
associations, entreprises, milieux financiers…). Puis, dans un
second temps, elles peuvent participer, en tant que maître
d'ouvrage, à la définition de projets régionaux
qui pourraient être financés soit dans le cadre des
programmes opérationnels régionaux, soit dans le cadre
d'appels à projets nationaux ou européens.
R.M. - Avec
l'accroissement de leurs compétences en matière de
développement économique
(par exemple en France, la
loi du 13 août 2004 qui, à titre expérimental et
pour une durée de cinq ans, aux fins de coordination des actions
de développement économique, confie à la
région le soin d'élaborer un schéma
régional de développement économique), les
Régions d'Europe peuvent-elles devenir le moteur de la
dynamisation et de la modernisation économique de l'Europe ?
De quelle manière la politique de
cohésion engagée par l'Union européenne peut-elle
les aider dans cet objectif ?
D.H. - A plusieurs
reprises en 2005, le Conseil européen a insisté sur la
nécessité de considérer la connaissance et
l'innovation comme les moteurs essentiels d'une croissance durable.