Régions Magazine : En tant qu'ancien ministre de l'Economie et des Finances,
quel regard portez-vous aujourd'hui sur la situation financière
et économique de la France ?
Michel Sapin : Depuis
près de quatre ans, les gouvernements Raffarin et
Villepin
appliquent avec constance et zèle les recettes
ultralibérales : la baisse des impôts pour les entreprises
et les ménages les plus aisés et la remise en cause des
principes du code du travail en introduisant plus de
précarité pour les salariés. Et pourtant, la
croissance est faible, beaucoup plus faible que la moyenne
européenne, le chômage a augmenté malgré les
bricolages statistiques de ces derniers mois. Bref, la politique
injuste du gouvernement se révèle comme une politique
inefficace et la situation économique et financière de la
France est d'une gravité jamais connue.
R.M. - Quel
rôle doit jouer, selon vous, la Région pour
accroître le développement économique, la
compétitivité et l'attractivité des territoires ?
Quelle stratégie avez-vous mise en place en région Centre
?
M.S. - Nous
savons bien que le développement économique d'un
territoire dépend avant tout du cadre macro-économique,
des décisions gouvernementales et des situations
micro-économiques, des décisions des entreprises soumises
de plus en plus à la contrainte du court terme imposée
par les exigences des actionnaires. Mais même si les
Régions ont peu de prise sur l'environnement économique,
elles doivent, sans illusion ni forfanterie, utiliser les manettes dont
elles disposent. Tout doit être fait pour
donner ses chances à notre territoire
régional, même si les marges de manœuvre sont
faibles. Cela passe par des échanges réguliers et un
travail en commun avec les principaux " partenaires " de la
Région, qu'il s'agisse de collectivités, des chambres
consulaires, des organisations syndicales, des acteurs socio-
économiques ou encore du tissu associatif.
R.M. -
Qu'attendez-vous des deux pôles de compétitivité
nationaux présents sur votre territoire ?
M.S. - La
Région soutient depuis longtemps les deux activités
centrées sur la cosmétique et l'électrique -
sciences de la beauté et du bien-être et sciences et
systèmes de l'énergie électrique ; le gouvernement
les a récemment baptisés Pôles de
compétitivité, sans pour autant leur accorder une aide
supplémentaire significative. Nous continuerons donc à
apporter aux entreprises concernées, dynamiques et porteuses
d'emplois, un soutien sans faille tourné principalement vers la
recherche, le transfert de technologies et la formation. J'attends
beaucoup de ces deux secteurs, et je souhaite que le gouvernement
tienne ses engagements à nos côtés.
R.M. - Durant les
dernières élections régionales, vous avez mis en
avant neuf mesures-phares dont deux portent sur l'économie et
l'emploi. Où en êtes-vous dans la mise en place de ces
mesures ?
M.S. - Effectivement,
nous avions proposé en 2004 neuf mesures-phares qui sont toutes
engagées. Elles prolongent et amplifient pour la plupart
l'action de la Région : séjours éducatifs gratuits
des lycéens en Europe, mise à disposition d'ordinateurs
portables aux étudiants entrant en 2nd cycle, sans
contrepartie financière, des accès gratuits au TER pour
les demandeurs d'emplois, la création d'un pôle