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Riccardo ILLYPrésident de l'Assemblée des Régions d'Europe (AR
" Seuls un raisonnement global et une action locale permettront
Pdt-Illy-ARE.tif
Régions Magazine - A l'heure où l'Europe rencontre quelques difficultés, les Régions semblent mieux s'adapter pour répondre aux besoins  des citoyens européens. Quelles raisons à cela, selon vous ? Raisons de proximité ou autres ?

Riccardo Illy - Certainement pour des motifs de proximité puisque les Régions sont les institutions les plus proches des citoyens avec les Communes, mais également du fait de la nature de leurs compétences. En effet, les Régions ont généralement d'importantes compétences directes dans des secteurs tels que l'éducation, la formation professionnelle, la recherche. Par conséquent, elles encouragent l'innovation et la diffusion de la connaissance. De plus, les Régions gèrent les réseaux de transports publics, d'approvisionnement énergétique, de télécommunications et ont une responsabilité dans les services garantissant la santé publique et la sécurité sociale. Les Régions peuvent de ce fait jouer un rôle décisif dans le processus de construction européen. Elles contribuent à la fois à l'intégration européenne au travers de la coopération  transfrontalière et internationale et au développement économique, en réalisant les objectifs de l'Agenda de Lisbonne. Seuls un raisonnement global et une action locale permettront à l'Europe de relever les défis auxquels elle doit faire face. C'est pourquoi les Régions constituent un niveau de gouvernement fondamental dans la mesure où elles sont capables d'adapter à l'échelle locale, et donc de mettre en œuvre de manière appropriée, les stratégies politiques de l'Union européenne. La vocation de l'Assemblée des Régions d'Europe (ARE) est de fédérer ces forces vives pour une Europe plus forte et plus prospère.

L'Europe, mosaïque des Régions : quelle place pour les cultures régionales ?

Je pense que les diverses identités linguistiques et culturelles, tant régionales que nationales, entendues naturellement non dans le sens strict de régionalistes ou nationalistes, ne
constituent pas un obstacle à la construction d'un esprit européen commun, loin de là ! C'est pourquoi l'ARE se bat depuis sa création, il y a maintenant 20 ans, pour défendre et promouvoir toutes les diversités.
Ainsi, je suis convaincu que la conscience de nos propres racines, alors que l'on assiste de toute part à leur redécouverte et leur valorisation, favorise la formation d'une citoyenneté européenne. L'Europe doit en effet savoir valoriser le pluralisme, qui constitue l'un des piliers de son histoire et de sa société. Face aux défis que nous devons aujourd'hui affronter, et dans un contexte de transition de l'économie industrielle à celle de la connaissance, cette société pluraliste, multilingue et multiculturelle qui caractérise si bien l'Europe, constitue l'un de ses plus grands avantages comparatifs. C'est pourquoi l'environnement européen reste par exemple plus créatif que celui des Etats-Unis, où il n'existe qu'une alternative pour les diverses communautés : assimilation ou marginalisation.

Les relations transfrontalières créent l'émulation entre les Régions. Or, ces relations deviennent aujourd'hui de plus en plus économiques, malgré leurs différences de taille, de population, de degré d'autonomie et de capacités financières. Comment analysez-vous ce phénomène ?

La mondialisation accentue les situations de concurrence, non seulement par l'intermédiaire des entreprises, mais aussi via les systèmes territoriaux. D'où l'importance aujourd'hui de l'émulation mais aussi de la coopération économique entre les Régions. Malgré leurs nombreuses différences, les Régions peuvent valoriser les ressources dont elles disposent en créant de nouvelles formes de coopération plus novatrices afin de renforcer leur propre compétitivité : je me réfère avant tout aux infrastructures de transports, aux réseaux énergétiques et de télécommunications, aux universités et aux centres de recherche scientifiques et technologiques. Ceci ne signifie pas qu'il faut éliminer toute forme de concurrence, mais qu'il faut créer un
authentique esprit européen qui consisterait en un juste équilibre entre coopération et concurrence.


En conclusion, quel est votre souhait pour 2006 ?

Je souhaite que l'Europe retrouve ce courage qui lui a permis d'atteindre en à peine plus de dix ans des résultats extraordinaires, que beaucoup considéraient comme inatteignables : le marché unique, les accords de Schengen sur la liberté de circulation des personnes, la monnaie unique ou encore l'élargissement aux dix nouveaux membres. Pour relancer le processus de construction européenne, qui a subi un coup d'arrêt suite aux échecs des referendums français et hollandais sur la Constitution, il convient de proposer aux citoyens européens un but nouveau et ambitieux.
Il est nécessaire de transformer l'Europe en une véritable union politique : une confédération d'Etats munie d'une politique de défense commune et d'un gouvernement efficace, capable de jouer un rôle moteur sur la scène internationale. Ce même courage est nécessaire afin d'indiquer la voie aux futurs élargissements de l'Europe vers la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et la Turquie voire aux pays du sud-est de l'Europe, l'Ukraine et la Russie.
Cet horizon politique, l'ARE et ses membres devront le dessiner avec toujours plus de vigueur afin de mobiliser davantage les citoyens et de susciter à nouveau leur adhésion au projet européen.
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