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Régions Magazine - La régionalisation
des transports a été longue à
mettre en place, mais on est en train d’en
terminer avec la phase essentielle : la signature des
conventions entre la SNCF et les Régions. Où
en est-on exactement de ce processus ?
Christian Cochet - Depuis le 1er janvier 2002, les
Conseils régionaux sont devenus légalement
Autorités Organisatrices des transports régionaux
de voyageurs sur leur territoire.
Concernant les conventions, dans
dix-neuf régions sur vingt les négociations
ont abouti depuis fin mars.
Quant à la Picardie, dernière
Région à ne pas avoir encore signé,
la négociation devrait être prochainement
finalisée et le projet de convention soumis à
l’Assemblée plénière de juin
du Conseil régional de Picardie.
Rappelons que les premières
signatures ont eu lieu en décembre dernier alors
que le décret n’a été publié
que fin novembre; nous ne pouvons donc qu’être
satisfaits de la manière dont se sont passées
les négociations, et notamment de la volonté
d’aboutir que les Régions ont manifesté
avec nous.
R.M. - Pourquoi cela échappe-t-il
avec la Picardie ? Il s’agit pourtant d’une
région importante pour l’activité
des TER. Si l’affaire ne peut être menée
à bien, comment cela se passera-t-il ?
C.C.- Les discussions portent
notamment sur le niveau de risques que la Picardie
souhaite nous voir assumer. Ce niveau doit être évalué
au plan économique et rémunéré
en conséquence. D’autant que cette région
est l’une des plus importantes pour le TER.
Ceci étant, nous
travaillons avec la Région à la résolution
de ces difficultés avec le souci, que je crois
partagé, d’aboutir à un texte équilibré
et porteur de développement pour la SNCF et la
Picardie.
R.M. - Mais, avec les autres régions,
n’y a-t-il pas eu quelques difficultés au
cours des négociations ?
C.C. - Ce sont, sans doute, les
discussions financières qui ont été
les plus difficiles du fait même des enjeux très
importants qu’elles impliquaient aussi bien pour
les Régions (la partie “Transport Régionaux”
peut représenter 15 à 20% de leur budget
de fonctionnement) que pour la SNCF (l’ensemble
des 20 activités TER représentant un
enjeu de l’ordre de 2 milliards d’Euros par
an).
Cependant, lors des négociations,
nous avons veillé au respect de grands principes
comme la clarification du rôle de chaque partie
(l’AO et l’exploitant) tel que voulu par la
loi SRU, mais aussi la qualité de la relation
contractuelle pour ce qui concerne les processus d’évolution
des services et le
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reporting lié à la
convention.
Nous avons également
recherché un accord qui responsabilise la SNCF
sur des objectifs de résultats, au plan économique
et qualitatif, tout en respectant son autonomie de
gestion.
De ce fait, je crois que la “vie
des conventions” démontrera qu’au
delà des difficultés ponctuelles inhérentes
à toute négociation, ce sont des
conventions équilibrées qui ont pu être
signées entre les parties.
R.M. - D’une manière
générale, quels sont les points communs
entre les conventions qui ont été
conclues ? Y a t-il une grille générale
de négociation, une typologie des conventions ?
C.C. - Nous retrouvons dans ces
conventions des dispositions contractuelles communes
qui responsabilisent la SNCF sur des résultats :
au plan économique, avec l’engagement sur
un forfait de charges indexées sur la durée,
et au plan qualitatif avec des mécanismes d’incitation
financière à l’amélioration
de la qualité du service. Des dispositions sont également
prévues concernant le partage des risques sur
les recettes.
Au-delà de ces principes
communs, qui sont déclinés de manière
diverse, certaines conventions ont des particularités,
liées à l’histoire des relations
entre la SNCF et ces Régions, ou à une
volonté spécifique de l’Autorité
Organisatrice concernée.
Toutes ces conventions confirment
néanmoins une volonté marquée des
Conseils régionaux de faire de la régionalisation
du transport ferroviaire un véritable outil de développement
et d’aménagement de leur territoire.
R.M. - Quelles sont les spécificités
remarquables qui distinguent telle ou telle région
?
C.C. - Les modalités concrètes
des dispositions que je viens de citer sont, bien
entendu, différentes d’une convention à
l’autre. Par exemple, les systèmes d’intéressement
ou de pénalités sont très
variables d’une région à l’autre
et dépendent notamment de l’état
des lieux au moment des discussions, qui a compté
dans les négociations.
Il est à noter également
que leurs durées vont du simple au double :
- 5 ans pour la majorité d’entre
elles (minimum prévu par la loi),
- 6 ans pour Midi-Pyrénées,
Nord Pas de Calais et Pays de la Loire,
- 7 ans pour l’Aquitaine et
l’Auvergne,
- 8 ans pour l’Alsace,
- 10 ans pour le Limousin.
R.M. - Pour la SNCF, qu’est-ce-que
cette réforme va changer et impliquer sur le
terrain, en termes d’organisation pratique et de
coopération avec les Autorités régionales
?
C.C. - Cette réforme est
incontestablement un facteur de développement
pour l’Entreprise. C’est aussi un levier de
mise en mouvement important pour faire évoluer
son management.
La nouvelle relation instaurée
avec les Autorités Organisatrices favorise le développement
d’une culture d’écoute et de
reporting.
La dimension de proximité régionale
et locale, qui responsabilise les cheminots au plus près
du terrain, est majeure dans l’évolution
de la gestion de la production.
Au plan économique et au
plan qualitatif, l’Entreprise est mise en “tension
positive”, en étant responsabilisée
sur ses résultats.
Elle est amenée à être
plus proche des élus et de la population, au
travers par exemple des comités de lignes, que
la plupart des Conseils régionaux souhaitent
mettre en place.
Tous ces facteurs favorisent l’émergence
d’une culture de résultats au sein de l’entreprise.
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R.M. - Les principaux avantages de
ce transfert de compétences ?
C.C. - D’abord, la
clarification des responsabilités : les Autorités
Organisatrices définissent l’offre de
transport public régional de voyageurs et son évolution.
La loi SRU en précise les
volets : les dessertes, la tarification, la
qualité du service et l’information de la
clientèle.
La SNCF, elle, se positionne comme
exploitant mais également comme force de
proposition et de conseil pour les aider dans la mise
en œuvre de leur politique. Elle apporte aussi ses
connaissances des territoires, des clients et de leurs
attentes en matière de déplacements.
Le transfert de compétence
crée également les conditions financières
d’un financement assaini du TER, qui permet d’en
assurer le développement et la rénovation,
au travers par exemple du renouvellement du matériel
roulant.
Enfin, grâce à ce
transfert de compétence, le transport public
ferroviaire devient clairement un levier puissant
de cohésion sociale et d’aménagement
du territoire.
R.M. - L’une des craintes
exprimées, de longue date, par les Conseils régionaux,
était de voir ces collectivités publiques
entraînées dans des risques financiers qui
les dépasseraient de beaucoup. Ces inquiétudes
ont été levées. Mais comment la
SNCF assure-t-elle la transparence en la matière
?
C.C. - En première étape,
la SNCF, souvent accusée d’opacité,
a établi des règles de gestion claires et
opposables, qui ont servi de base à l’établissement
des comptes 2000 des vingt activités TER.
Ces comptes ont été
attestés par un auditeur indépendant, et
cet effort de clarification a été, je
crois, largement reconnu par les Conseils régionaux.
Il a permis le calcul des dotations de l’Etat aux
Régions dans de bonnes conditions.
Au-delà de cette
transparence comptable, la SNCF s’est engagée
à offre constante dans les conventions sur des
forfaits de charges, pour la partie (de l’ordre
de 80%) des charges qui relèvent de sa
responsabilité d’exploitant.
Il ne peut donc y avoir,
contractuellement, de dérive des charges, le
forfait étant indexé sur la durée
des conventions.
R.M. - L’intermodalité
est une préoccupation essentielle. Et elle est
mise en œuvre aussi bien par les régions et
les transporteurs que par des gestionnaires publics,
Ports autonomes, Voies navigables de France... Comment
la SNCF aborde-t-elle le problème ?
C.C. - L’intermodalité
est, effectivement, un axe majeur pour le développement
du transport public, en offrant au client une chaîne
de déplacement plus performante de bout en bout.
Cette réforme va en
permettre une meilleure prise en compte.
L’importance grandissante du
périmètre périurbain dans le développement
du transport public renforce cette nécessité
d’une meilleure articulation entre les Autorités
Organisatrices et il nous semble que le Conseil régional
à un rôle fédérateur à
jouer dans ce domaine.
Les actions qui s’engagent
(pôle d’échanges, meilleure
coordination des correspondances, intégration
tarifaire et projets de billettique...) mettent en évidence
le rôle structurant que va jouer à l’avenir
le Conseil régional en matière d’organisation
de l’offre de transport et de coordination des
différents modes de transports collectifs, en
liaison avec l’ensemble des Autorités
Organisatrices. La SNCF a, de ce point de vue, un rôle
de force de proposition à jouer en mettant son
savoir faire et son expertise à leur
disposition.
C’est le cas, par exemple,
en matière tarifaire : il existe déjà
de nombreuses tarifications qui s’adressent aux
abonnés et qui combinent une offre de transport
TER et de réseaux urbains.
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