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INTERVIEW
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R.M. 1- Plus de deux années se sont écoulées
depuis la Déclaration de Basse-Terre, et seize mois
depuis que Jacques CHIRAC a reçu les Présidents
des Régions ultrapériphériques.
Globalement, comment jugez-vous les progrès accomplis
depuis lors ?
Vous faites référence aux
progrès accomplis par rapport à la perception de
la dimension ultrapériphérique de nos régions
par les autorité nationales.
Lors de son déplacement à la
Réunion, en prononçant le fameux discours de
Champ-Fleury, le Président de la République a précisé
les quatre grands principes qui jalonnent le débat :
l premièrement,
le principe de la répartition des compétences
justifié par les caractéristiques propres à
l’outre-mer et les nécessités d’efficacité
des politiques publiques,
l deuxièmement,
le droit à l’originalité qui marque la fin
du statut uniforme et qui rappelle qu’il n’y a pas
de modèle unique qui soit en mesure de répondre
efficacement aux attentes variées des régions d’outre-mer,
l troisièmement,
la poursuite du développement économique et
social, le maintien des acquis sociaux et la réaffirmation
de la solidarité nationale et communautaire, autant de
rappels qui localement, ont rassuré les populations et
les élus qui voyaient encore dans ces perspectives d’évolution
sur lesquelles nous leur demandions de réfléchir
et de se prononcer un quelconque rejet de la République,
l quatrièmement
enfin, le respect de la Constitution. Et il était
particulièrement important de borner le sujet.
Alors pour répondre à votre
question, les progrès accomplis se situent surtout au
niveau de la progression de l’idée de prise en
compte des spécificités dans la population.
C’est là un travail de fond,
un travail d’explication, auquel nous nous sommes attelés,
et celui-ci a toute son importance. Le modèle d’évolution
n’est pas une décision que nous prenons au nom de
la population, mais une proposition au sujet de laquelle la
population doit être préalablement consultée,
et sur laquelle elle statuera en dernier ressort.
R.M. 2 - Les RUP attendent beaucoup de la
mise en œuvre de l’article 299-2 du Traité d’Amsterdam.
La prise de conscience qui, semble-t-il, est intervenue au
sommet de Nice, en décembre 2000, a-t-elle été
suivie d’effet ?
Cette prise de conscience vient en grande
partie de la vision que le Président Chirac a de l’outre-mer
et du grand intérêt dont il fait preuve dès
lors qu’il s’agit d’écouter notre
voix.
Dans le cadre du dossier ultrapériphérique,
la France a démontré qu’elle était désormais
disposée à se présenter comme un Etat
soucieux des énergies territoriales et de la protection
des énergies territoriales, ce qui la place dans une
position d’un pays en pleine innovation
organisationnelle.
R.M. 3 - Des soucis s’étaient
manifestés sur les fonds structurels européens.
Les plus sceptiques d’entre vous admettaient que ces
fonds avaient si substantiellement augmenté qu’on
ne pouvait se
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montrer critique. D’autres émettaient
des réserves. Où en est-on aujourd’hui ?
Tous les travaux que nous menons convergent
dans le sens d’une réaffirmation de l’appartenance
à l’Union européenne. L’ampleur des
fonds structurels est pleinement justifiée par les
importants retards accumulés sous le statut départemental,
ce qui nous permet de conclure à son inadaptation
actuelle.
La question qui aurait pu se poser, et qui
a été effectivement posée par certains élus,
était de savoir si une évolution quelle qu’elle
soit devait se traduire par une sortie de l’objectif 1.
Ce serait un non-sens que de nier l’impact
significatif de ces fonds pour le développement de nos régions.
Le fondement même des fonds structurels étant économique,
toutes les régions d’Europe devant bénéficier
des avantages du Grand Marché, nos réflexions se
sont naturellement orientées vers la nécessité
d’améliorer les instruments relatifs à la
mise en œuvre des politiques européennes, à
la représentativité de nos régions au sein
des instances communautaires, et au suivi des fonds
structurels.
R.M. 4 - A la Réunion, en mai
dernier, le Président de la République a souhaité
que “les possibilités d’adaptation, que la
Constitution autorise déjà, soient élargies,
dans le prolongement du nouveau dispositif communautaire, en
faveur des Régions ultrapériphériques”.
Cette prévision impliquait, à terme, une révision
du titre XII de la Constitution. Des éléments
concrets sont-ils venus, à votre connaissance, confirmer
ce souhait ?
Le dispositif communautaire ne peut qu’inspirer
les constitutionnalistes tant ils sont conscients qu’il
existe des dysfonctionnements du régime d’adaptation
au regard des normes nationales.
La France fera de ses régions d’outre-mer
une catégorie constitutionnellement reconnue ; ce serait
presque la suite logique de la jurisprudence du Juge
Constitutionnel à l’égard de l’outre-mer.
R.M. 5 - Le dossier agroalimentaire reste
le plus “chaud“. La plupart des chefs d’exécutif
régional d’outre-mer considèrent que les
productions agricoles et agroalimentaires doivent jouer un rôle
primordial dans l’économie des RUP. Dans le climat
de guerre froide commerciale qui sévit, notamment avec
les Etats-Unis sur la banane, estimez-vous que l’Union
européenne est le bon échelon, dans la défense
de vos intérêts ?
Je vais vous dire pourquoi il me semble que
l’Union européenne constitue un échelon déterminant
pour que nos productions soient défendues.
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L’écoulement de notre banane
ou de nos melons dépend majoritairement des conditions
de desserte de nos régions.
En plaçant les thèmes de la
fiscalité et de la continuité territoriale au
centre de nos réflexions d’ordre économique,
nous menons, avec les exécutifs d’outre-mer, une
bataille contre tout ce qui nous empêche de jouer notre
carte dans les grandes compétitions dont vous venez de
faire allusion.
L’Union européenne représente
la meilleure caution dont nous pouvons disposer. Dès
lors que la banane guadeloupéenne sera considérée
comme la banane européenne, nous aurons atteint notre
objectif.
R.M. 6 - Aujourd’hui, quels sont les
sujets spécifiques à votre Région propre
que vous jugez prioritaires ?
Je ne citerai que la non-prise en compte de
la continuité territoriale pour les Régions d’outre-mer,
et particulièrement pour la Guadeloupe, doublement pénalisée
du fait de son caractère d’Archipel.
Il convient de bien mesurer la réalité
de ce problème. Le conseil régional de la
Guadeloupe ne fait l’objet d’aucun soutien supplémentaire
de la part de l’Etat ou de la part de l’Europe, ni
pour amoindrir les effets de l’éclatement du
territoire en plusieurs îles, ni pour supporter les
effets de l’éloignement de la métropole.
Les efforts que nous menons dans ce domaine
sont entièrement pris en charge par la collectivité.
Bien évidemment, lorsque nous
observons que la question de la continuité territoriale
constitue une préoccupation majeure lorsqu’il s’agit
de la Corse, nous sommes un peu choqués.
Non pas que nous considérons que nos
compatriotes de Corse ne méritent pas que ces efforts
soient faits dans leur direction, mais nous souhaiterions
simplement que notre situation fasse également l’objet
de quelques égards dans la mesure où le problème
est réel.
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